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Dieu

André Gounelle exprime ici brièvement et simplement (mais sans tomber dans le simplisme) des thèmes qu’il a approfondis dans son livre Parler de Dieu (éditions Van Dieren).

   Ce que Dieu est en lui-même, nous l’ignorons ; nous sommes incapables d’en parler justement et complètement. Par contre, nous pouvons dire ce qu’il représente pour nous, comment il nous touche ou nous affecte. Pour ma part, quand on m’interroge, je mets l’accent sur quatre points, en soulignant que mes propos, fondés sur une expérience partielle et défectueuse de Dieu, ne prétendent pas le définir.

   « Notre père qui es aux cieux »

    Cette formule peut faire difficulté pour ceux qui ont des pères indignes, absents ou brutaux ; elle comporte quelque injustice envers les mères (la Bible parle d’ailleurs parfois de Dieu au féminin et sur le registre de la maternité) ; elle égare ceux qui prennent « les cieux » à la lettre. Malgré ces inconvénients (mais existe-t-il une manière parfaite de désigner Dieu ?), je l’aime bien car elle correspond à ce que j’éprouve. « Père » exprime la proximité de Dieu, sa présence dans ma vie ; je le rencontre chez moi, en moi, il m’est familier. « Aux cieux » suggère une distance et une différence ; il vient d’ailleurs tel un étranger, il me surprend toujours tel un inconnu. Dieu est à la fois autre et intime ; il fait partie de moi sans être mon semblable et sans se confondre avec moi.

   Dieu d’Abraham et Dieu des philosophes

   On oppose souvent le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (une personne vivante avec qui on a une relation de type « je-tu ») au « Dieu des philosophes et des savants » (un « élan vital » ou une réalité « océanique », quelque chose d’impersonnel et d’abstrait). Cette opposition ne me convainc pas. Dieu n’est pas seulement une personne. Il est aussi autre chose et bien davantage, non pas infra mais supra personnel. « Il y a une sorte de profanation, écrit Emerson (pasteur et philosophe américain, 1803-1882), à dire que Dieu est personnel. Il n’est plus alors qu’un grand homme, c’est trop peu ». De même, Charles Wagner affirme : « Dieu est infiniment plus qu’une personne. » Dans la rencontre de personne à personne avec Dieu, nous percevons un aspect ou une face de son être, mais pas l’ensemble ou la totalité. Aussi, loin d’exclure le Dieu des philosophes, le croyant en a besoin pour comprendre un peu mieux (ou un peu moins mal) Celui à qui dans la foi il s’adresse en lui disant « tu ».

   Ni tout-puissant ni impuissant

   Contrairement à une opinion répandue, la Bible n’affirme pas la toute-puissance de Dieu. Elle la contredit de fait quand elle raconte que des hommes désobéissent à Dieu, qu’il se heurte à des résistances démoniaques et que bien des choses se produisent contre sa volonté. Lorsque nos versions de la Bible mentionnent la toutepuissance, il s’agit en général d’une traduction fautive. Il ne s’ensuit nullement que Dieu soit impuissant. S’il ne dispose pas à son gré des événements, s’il ne nous envoie ni ne nous évite malheurs et difficultés, il nous donne la force de faire face, de nous tenir debout, de lutter. Sa puissance agit dans notre faiblesse ; elle nous insuffle du courage ; elle nous assure que rien ne peut nous priver de son amour qui donne sens à notre existence. La providence ne signifie pas que nous serons épargnés, mais que nous ne serons pas submergés ou écrasés par ce qui arrive.

   Le Dieu qui vient

   On a pris l’habitude de chercher Dieu dans le passé : à l’origine, avec la création ; autrefois, dans l’histoire d’Israël et celle de Jésus ; en étudiant des textes anciens pour déchiffrer sa parole. Les Églises le célèbrent par la commémoration d’événements qui ont eu lieu il y a bien longtemps. Pourtant, la Bible ne situe pas le « royaume » de Dieu dans le passé mais dans l’avenir. Dieu nous tourne vers le futur ; il veut nous transformer, il travaille à faire surgir une nouvelle création et nous mobilise pour cet objectif. Ce qu’il a fait (qu’on a bien raison de rappeler) n’a pas d’autre sens ni d’autre intérêt que de préparer ce qu’il veut et va faire. L’espérance l’emporte sur le souvenir. Plus qu’une source ou qu’un fondement, Dieu est un dynamisme qui pousse en avant vers un avenir à attendre et à construire.

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À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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