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Credo

Confesser sa foi devrait être un acte éminemment personnel et intime. À quoi servent donc les confessions de foi que nous entendons lors de nos cultes ? Cet article de Claire-Lise Mayor Aubert est une version remaniée d’un texte paru dans La Vie protestante de septembre 2011.

Mais vous, qui dites-vous que je suis ? Et Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! (Mt 16,15) Telle est, dans son expression rudimentaire mais essentielle, la première confession de foi chrétienne. Fallait-il ajouter quelque chose à cela ? C’est ce qu’ont essayé de faire au fil des siècles des générations de chrétiens pour asseoir leurs propres convictions, pour les proclamer à la face du monde et souvent aussi pour condamner les opinions de ceux qui croyaient autrement. Certains de ces textes ont été à l’origine de conflits sanglants, d’autres ont cherché à y mettre fin. Tous sont le fruit d’intenses réflexions sur ce que le message divin semble apporter de fondamental et reflètent les préoccupations de telle communauté à tel moment de son histoire.

Il m’est tombé récemment entre les mains un ouvrage publié par l’Église évangélique réformée du canton de Zurich *, qui restitue dans leur contexte historique et théologique une vingtaine de confessions de foi en partant de quelques passages des Écritures pour arriver à des textes contemporains. Le livre refermé, de nombreuses questions surgissent non seulement à propos de ses propres convictions, puisque l’on ne peut adhérer à toutes les professions de foi recensées, mais aussi à propos du concept même de la confession de foi. Est-il d’abord bien raisonnable de résumer Dieu en quelques phrases, si l’on nous passe l’expression, et l’exercice ne présente-t-il pas déjà là ses propres limites ? Même prudente et ouverte, une déclaration relative à la nature de Dieu n’est jamais qu’une réduction de ce qui, par nature, est infini.

La conséquence du caractère réducteur de la confession de foi est de figer ce qui est appelé à évoluer : si je suis personnellement convaincue que Dieu est le même depuis toujours et le restera à jamais, l’idée que s’en fait l’homme se modifie constamment, précisément parce qu’il n’est pas en mesure d’en appréhender l’immensité. Or en prenant pour un dogme immuable et éternel ce qu’il a cru vrai un jour, le chrétien risque de négliger sa propre recherche de la vérité et de se trouver dans la situation de celui qui pense avoir compris un film dont on ne lui a montré que quelques photographies. Bien sûr, une confession de foi se révise, mais même révisée mille fois, une confession de foi se heurte toujours à ses limites intrinsèques.

Enfin, et toujours parce qu’elle est réductrice, une confession de foi ne peut que s’opposer à d’autres et créer des occasions de discorde entre chrétiens, chacun étant tenté de considérer que son point de vue est meilleur que celui des autres. L’Église en a asse z souffert.

Tout cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à s’interroger sur sa foi : ce n’est pas le principe de la confession qui recèle un danger mais l’usage qui en est fait lorsque l’on prend pour l’expression de la vérité ce qui n’en est qu’une approche. Cela revient à rappeler que celui qui croit ne sait pas et que le chrétien n’est pas appelé à savoir. Relevons que les auteurs de l’ouvrage cité le relèvent dès leur introduction : « La foi n’est pas énoncée une fois pour toutes. Aucune des confessions de foi de l’histoire n’est donc appelée à devenir la confession de foi par excellence. La confrontation incessante aux confessions de foi héritées du passé ne dispense donc pas d’en écrire de nouvelles, dans le dialogue entre la situation actuelle et l’Écriture sainte (Pierre Bühler). »

Il reste que certains textes, comme la déclaration de Barmen (Allemagne 1934) ou la confession de Belhar (Afrique du Sud 1986), par lesquels des chrétiens courageux ont publiquement pris leurs distances de régimes qui pensaient pouvoir construire la société sur l’exclusion et l’asservissement, honorent leurs auteurs et l’Église tout entière car au-delà d’une stricte dogmatique, la confession a aussi pour but de rappeler que la communauté des chrétiens doit vivre dans un esprit de charité. Sinon elle n’est qu’une cymbale qui résonne.

Confessions de foi réformées, un « livre-outil » édité par un groupe d’initiative intercantonal dirigé par Matthias Krieg, Office protestant d’éditions chrétiennes, Lausanne, 2009, 172 pages. Les confessions de foi se trouvent, sans les commentaires, sur le site www.ref-credo.ch.

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