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Calvin, Que lire ?

Que lire pour se faire une idée de la personne et de l’oeuvre de Calvin ? André Gounelle propose et commente quelques titres récents.

   Le cinquième centenaire de la naissance de Calvin entraîne quantité de publications. Je ne les citerai pas toutes ici ; je me bornerai à de brèves indications destinées à ceux qui s’interrogent sur les livres à choisir pour leur information et leur culture personnelles ; je m’en tiendrai à des livres récents écrits à l’intention du grand public cultivé.

   Il faut parcourir l’Institution de la Religion chrétienne, ce livre que Calvin n’a cessé, sa vie durant, de remanier. Il donne une vue d’ensemble de la pensée du Réformateur qu’on ne trouvera ni dans les petits traités, aux sujets limités, souvent très polémiques (et injurieux selon la coutume de l’époque) ni dans les commentaires bibliques, très riches, mais difficiles à se procurer.

   Le lecteur a le choix entre deux éditions de l’Institution : celle de 1541 et celle de 1560. Olivier Millet, un des meilleurs spécialistes actuels de Calvin, vient de rééditer la première chez Droz, en deux volumes élégants avec introductions et notes. Malgré sa valeur, cette édition appelle une sérieuse réserve. En 1541, Calvin n’est pas encore pleinement calviniste ; il a par la suite évolué sur des points importants et a considérablement restructuré son livre. Millet a choisi le texte de 1541 pour des raisons littéraires et historiques : écrit plus soigneusement que celui de 1560, il représente un événement en ce qu’il contribue à faire du français une langue non seulement populaire mais aussi philosophique et théologique. Toutefois, pour bien comprendre et connaître la pensée de Calvin dans toute sa maturité, il vaut mieux se référer au dernier texte, celui de 1560 ; il a été publié par la Société calviniste de France (dans une langue légèrement modernisée) d’abord chez Labor et fides, ensuite chez Kerygma-Farel. L’Institution est, certes, un gros livre, mais on n’est pas obligé de tout lire. La Société calviniste a imprimé en petits caractères les paragraphes qu’on peut sauter sans inconvénient.

   Pour une introduction, je recommande deux petits ouvrages. D’abord, Olivier Millet dans Calvin. Un homme, une oeuvre, un auteur (Infolio) brosse un portrait tout en finesse du Réformateur. On a là une excellente « vulgarisation » au meilleur sens du mot : un grand érudit rend largement accessible une recherche approfondie ; il évite aussi bien les simplifications abusives que les sophistications savantes.

   Ensuite, Labor et fides a publié la traduction d’un livre américain, Calvin sans trop se fatiguer par Christopher Elwood. Le titre et le dessin humoristique en couverture m’avaient fait craindre un écrit léger et superficiel. Il n’en est rien. Si on y rencontre parfois des américanismes agaçants, on y trouve une bonne présentation des grandes lignes de la pensée religieuse de Calvin, agrémentée par des illustrations amusantes dues à Mix et Remix, un dessinateur genevois. J’ai cependant trouvé insatisfaisantes les pages consacrées à l’affaire Servet et franchement mauvaises celles qui discutent la thèse de Max Weber d’une affinité entre calvinisme et capitalisme (l’auteur caricature l’argumentation de Weber). Par contre, j’ai apprécié le paragraphe très juste et nuancé sur Calvin et le protestantisme libéral.

   Pour une information historique plus étendue, on dispose de nombreuses biographies : celle élémentaire (voire basic) de Georges Tourn chez Olivétan ; celle intéressante et discutable de Denis Crouzet chez Fayard ; celle précise et fouillée d’Yves Krumenacker, chez Bayard ; celle de Pierre Janton, au Cerf, parfois trop soucieuse de justifier le Réformateur. Pour ma part, mes préférences vont à celle claire et solide de Bernard Cottret, chez Payot.

   Dans Le protestantisme et Calvin. Que faire d’un aïeul si encombrant ? (Labor et fides)*, Bernard Reymond tente une évaluation critique du Réformateur. Il note que Calvin contredit parfois le principe protestant ; aussi, les réformés, depuis toujours, à la fois se réfèrent à lui et s’en distancient. On a fait de lui l’image même du protestant réformé ; ce n’est que partiellement vrai. Il fait partie de ceux qui ont mis en route le protestantisme, mais il ne l’incarne pas ni ne le définit. Il importait de le rappeler.

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À propos André Gounelle

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est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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