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6. Jean Chrysostome

Jacques-Noël Pérès termine sa présentation de quelques Pères de l’Église. Saint Jean Chrysostome, né à Antioche, est un contemporain de Saint Augustin, mais il est un Père éminent de l’Église grecque d’Orient et non pas de l’Église latine. Ce pasteur d’âme, apôtre du service des autres, est aujourd’hui unanimement salué comme docteur de l’Église ; on notera parmi ses œuvres très nombreuses, ses prédications et ses commentaires de livres bibliques. Grand orateur (d’où son nom qui signifie en grec « bouche d’or »), Chrysostome, qui mena une vie d’austérité et d’ascèse, devint patriarche et évêque de Constantinople. Il s’attaqua aux mœurs des prêtres et de la cour ; exilé une première fois par le pouvoir (impératrice Eudoxie), puis rappelé par la vox populi, chassé à nouveau, il mourra finalement en exil.

   La pénitence a, dans sa pratique, varié dans les premiers siècles du christianisme. Il fut un temps où pécher après le baptême a été regardé comme un reniement du Christ Sauveur, lui qui nous a arrachés aux puissances du mal. Aussi ne pouvait-on admettre qu’un seul repentir pour le chrétien baptisé, ce qui a entre autres conduit souvent à reculer le plus tard possible, parfois jusque sur le lit de mort, l’administration du baptême. C’est sous l’influence des moines irlandais, actifs sur le continent avec Colomban et ses disciples à partir de la fin du VIe s., que va se mettre en place une pénitence tarifée, le pécheur devant se plier à telle ou telle peine selon la gravité de sa faute, et prouver ainsi que sa foi n’est pas vaine et qu’il attend tout de la grâce.

   Suffit-il cependant d’opposer le péché et la foi, voire de confronter la repentance et la grâce ? Évoquant la faute, Jean Chrysostome, quant à lui, veut en premier lieu voir le pécheur. Dit en d’autres termes, ce n’est pas un concept théologique ni même moral qui le retient d’abord, mais l’homme qu’il a devant les yeux. Or il sait qu’on ne pourrait exiger de quiconque, ce que celui-ci est dans l’incapacité de faire ni même de comprendre. Au risque sinon, au lieu de l’amener à saisir qui il est et ce qu’il vaut vraiment, ce qu’il vaut devant Dieu et déjà à ses propres yeux, de lui faire rejeter à tout jamais la consolation qui vient de l’Évangile et ce qu’il est assurément : une réelle bonne nouvelle, la bonne nouvelle d’une libération, nouvelle elle aussi.

   On notera que Chrysostome en l’affaire ne s’arrête pas au seul pécheur. Il vise aussi le pasteur. Ce à quoi il l’engage, ce n’est pas à s’offusquer de la faute commise, mais à exercer son discernement, à être aux aguets, afin d’aider le pécheur à découvrir ce qui va lui permettre désormais d’être à nouveau un homme debout. Redressé. C’est-à-dire ne regardant plus son nombril mais l’horizon devant lui ouvert.

Il ne faut pas simplement infliger une peine proportionnée à la faute, mais il faut chercher à connaître les dispositions de ceux qui l’ont commise, de crainte qu’en voulant recoudre la fente, on agrandisse la déchirure et qu’en voulant relever celui qui est tombé, on aggrave sa chute […] C’est pourquoi il faut beaucoup de compréhension au pasteur, qu’il ait des yeux partout pour discerner dans tous les cas l’état de l’âme.

Jean Chrysostome (ca. 347-407) Sur le sacerdoce II, 4

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À propos Jacques-Noël Pérès

est pasteur de l’Église protestante unie de France, professeur émérite (histoire du christianisme ancien et patristique) à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris), professeur d’éthiopien classique à l’École des Langues et Civilisations de l’Orient Ancien, et coprésident du Groupe des Dombes.

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