 |
Des livres à propos de la mystique
Je viens de recevoir le numéro de mai d’ Évangile et liberté. Plaisir de lire Roger Parmentier et surprise, heureuse, de découvrir le mot « mystique » ! Merci à Gilles Bourquin !
Un ami catholique, un autre orthodoxe, tous deux trouvent notre « protestantisme » un peu trop « cérébral », de « tête » plus que de « coeur ». Il y manque, parfois, cette tendresse, simple et confiante, qu’exprimait si bien Charles Wagner.
Alors, pour les lecteurs sensibles à la « mystique », ces deux livres à leur signaler : Petite philocalie de la prière du coeur, Points Sagesse, Éditions du seuil, 1979, et surtout, le beau livre de Bahya Ibn Paqûda : Les devoirs des coeurs, Bibliophane-Daniel Radford, 2002, présenté et traduit par André Chouraqui, et sublimement préfacé par Jacques Maritain.
André Breton, Pau.
Jésus, ou Jésus-Christ ?
J’ai lu l’ar ticle de Roger Parmentier avec perplexité. Quand je lis cet article dans Évangile et liberté, je vois bien où est la liberté mais où est l’Évangile ? Ce Jésus dont il est question « renverse l’ordre abominable actuel du monde ». Mais quel renversement ? Un renversement qui s’arrête à la mort ? Y a-t-il vrai renversement pour l’humanité si le Christ n’établit pas définitivement l’ordre de Dieu ? Seule la résurrection accomplit ce renversement, révélant la puissance et victoire de la vie sur toute mort, tout emprisonnement. Sinon, où est l’Évangile ?
Bertrand Marchand, Paris.
Merci à Roger Parmentier de nous rappeler par son article vivifiant combien les prérogatives auxquelles s’accrochent les institutions religieuses en prétendant nous relier à la Parole bouleversante de Jésus ne font que nous préserver de son impact. Pendant que nous faisons allégeances aux Églises nous allongeons la distance (protectrice ?) entre ce messager stimulant et notre pusillanimité.
Hubert Auque, Avignon.
Cher Roger, tu cherches le scandale et tu y réussis presque. Comment te répondre ? Je commence par ce qui nous est commun. « On nous a obligés à croire que Dieu avait fait mourir Jésus pour expier nos fautes et un prétendu péché originel » : d’accord à 100 %. La deuxième personne de la Trinité ? Cela ne veut pas dire grand-chose pour moi ! « Jésus n’est pas le fondateur de la théocratie chrétienne. » Oui, mais tant d’autres l’ont dit avant toi. Par exemple Jean Cardonnel (NDLR : Dominicain, 1921- 2009) : « Les chrétiens (des chrétiens ?) ont commis la forfaiture terrible. Ils ont pris l’idée du Dieu tout-puissant, gouverneur et conservateur de l’ordre du monde, et ils l’ont collée sur Jésus- Christ. Ils ont fait de l’homme du commun le fils de Zeus. »
« Il n’a institué ni religion ni Église. » (Il s’est tout de même choisi douze apôtres et il n’est pas tout à fait innocent de la première papabilisation, celle de Pierre). « Il est allé aux enfers » (mais il s’agit du séjour des morts, Shéol ou Hadès, où tous les juifs de l’époque passaient leurs trois premiers jours après la mort – rien à voir avec l’Enfer de l’Apocalypse, auquel je ne crois pas !). « Il siège sur un trône à la droite de Dieu » (mais qui se laisse encore piéger par ces métaphores ridicules ?).
Oui, il s’est inscrit dans la lignée des sages, des prophètes contestataires ou utopistes, des Moïse et des Bouddha, des François d’Assise, des Luther et des Calvin, des Marie-Madeleine, des Marie Durand, des Marie Curie, des Jean Moulin, des Martin Luther King... Il a, dis-tu, inventé et proposé une nouvelle façon de penser, de vivre et de croire. Mais des centaines d’autres sages ont voulu aussi changer le monde...
Qu’est-ce qui le distingue alors ? Tous sont passés par la mort, lui aussi, mais il en est sorti et il est vivant. Il n’est pas au ciel mais parmi nous incognito. Tu sembles parler avec mépris de la Résurrection. C’est un mot français très fort puisqu’il faut deux mots grecs pour le traduire. La Résurrection, ce n’est pas seulement une vie retrouvée, mais une vie changée. C’est un mystère, personne ne peut la prouver mais on peut l’approcher par la foi et par la raison. Chrétien en recherche, chrétien douteur, j’ai la chance de savoir que ma vie peut être comprise, soutenue, reprise en mains chaque fois que nécessaire par un être qui m’a aimé, qui m’aime et qui m’aimera. D’autres m’aiment aussi, heureusement, mais lui m’aimera jusqu’à la mort puisqu’il est vivant. Je ne suis pas un fan de Paul mais tout de même, quand celui-ci me crie ou me murmure à l’oreille sa conviction absolue « Si Christ n’est pas ressuscité, ta foi est vaine », je ne peux que me taire, me laisser aller vers lui, vers le Christ.
Roger, le mot « Christ » te dérange ! Mais tu en as cent autres à ta disposition : sauveur (il propose, dis-tu, un sauvetage de l’humanité), libérateur, serviteur, fils de l’homme, rabbi (tu parles d’un rabbi inspiré exceptionnel), Jésus de Nazareth (tu l’admets), homme du commun (ça, c’est du Cardonnel), etc. Et tu admets que « sa proposition dérangeante et magnifique tient encore la route » et qu’elle peut être vécue dans toutes les cultures, y compris dans les christianismes traditionnels… Alors, pourquoi n’aurais-je pas le droit de dire que le vieux sage, le nonagénaire impétueux que tu es, nage toujours – à sa façon – dans des eaux chrétiennes ? Et ce n’est pas moi qui vais t’en chasser…
Daniel Galland, Bourg-lès-Valence
|