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Numéro 218
Avril 2008
( sommaire )

 

Cahier : Le catharisme,
première Église alternative
par Anne Brenon

 

 

Lotario Conti (Gavignano, 1160–Pérouse, 1216), est élu pape le 8 janvier 1198 sous le nom de Innocent III. C’est lui qui, dans le cadre de son renforcement de la théocracie pontificale, ordonna la Croisade contre les Albigeois. C’est sous son pontificat également que naquit le franciscanisme. Il rejeta d’abord la propostion de fondation d’une congrégation par François d’Asssise avant d’avoir, comme le veut la légende, la révélation en songe de la Règle de l’Ordre franciscain. C’est ce que Gozzoli reproduit dans cette fresque. Photo D.R. fresque de Gozzoli. Photo D.R.

En ce début de millénaire, s’égrènent les anniversaires de dates liées à l’histoire des cathares ou Albigeois, et de leur répression : à 1206/2006 et 1207/2007, correspondait le temps des « disputes » théologiques ayant opposé, en Languedoc, les légats cisterciens du pape aux champions de l’hérésie ; ce printemps 2008 évoque l’appel de 1208 du pape Innocent III à la croisade contre les Albigeois : l’emploi de la force sanctionnant l’échec de la parole.

Il importe, 800 ans après ces événements, de faire un peu de lumière sur les réalités du catharisme : ce mouvement religieux, aujourd’hui méconnu encore par l’Histoire, a été dénoncé comme hérétique par la papauté – sans doute parce qu’il constituait contre elle, plusieurs siècles avant la Réforme, une première Église chrétienne alternative. N’oublions pas en effet qu’au temps des cathares, aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, les vaudois n’étaient encore qu’un mouvement mendiant, certes indocile, mais ne remettant nullement en cause les fondamentaux romains.

Anne Brenon a consacré toute sa carrière de recherche à l’hérésie médiévale. Archiviste paléographe et diplômée en Sciences Religieuses, ancien conservateur en chef des Archives de France, elle a publié sur le sujet un certain nombre d’ouvrages historiques, parmi lesquels :

• Le vrai visage du catharisme (Loubatières, Prix Notre Histoire 1990)
• Les femmes cathares (Perrin, Tempus, 2005)
• Les cathares : Pauvres du Christ ou apôtres de Satan ? (Gallimard, Découvertes, 1997)
• Les archipels cathares (L’hydre éditions, 2003)
• Le choix hérétique (La Louve éditions, 2006)
• Le dernier des cathares, Pèire Autier (Perrin, 2006)
• Les cathares (Albin Michel, Spiritualités vivantes, 2007)

Marie-Noële et Jean-Luc Duchêne

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Catharisme et refus de la chair : Une question piégée ?
par Anne Brenon

Rogier van der Weijden, Le Jugement dernier. Polyptyque. Musée de l’Hôtel-Dieu, Beaune. Photo D.R.

Rogier van der Weijden, Le Jugement dernier.
Polyptyque. Musée de l’Hôtel-Dieu, Beaune.
Photo D.R.

Premier constat, d’évidence : l’Église romaine médiévale est venue à bout de l’hérésie cathare, grâce à l’appui armé du roi de France et à l’action du tribunal de police religieuse qu’on appelle l’Inquisition. Ce qui suffit à faire comprendre que c’est la vision des vainqueurs qui est passée à la postérité. Cette image « officielle » des cathares, aujourd’hui encore prégnante, est donc essentiellement négative. C’est comme seule réponse possible, aussi sévère qu’elle ait pu être, face à un danger réel et urgent, que l’Église présente traditionnellement son « juste combat » contre l’hérésie – hydre menaçant l’unité de la chrétienté et l’équilibre, voire l’avenir, de la société. Les hérétiques cathares, qualifiés de manichéens dangereusement étrangers à nos traditions européennes, se voient en particulier chargés – ultime croix jaune d’infamie cousue à leur défroque – de l’accusation d’avoir haï ce monde et la vie, et, condamnant toute procréation, voué l’humanité à un sinistre repli.

C’est à l’Histoire, appuyée sur l’étude critique des documents médiévaux, d’établir et analyser en quoi cette vision « officielle », par nature partiale, doit être révisée. Aujourd’hui, grâce à toute une série de publications, l’accès aux textes est abondant ; à côté des sommes anti-cathares des dominicains médiévaux, depuis toujours utilisées par les commentateurs, un certain nombre d’écrits cathares originaux permettent de pénétrer au cœur d’une théologie non romaine mais strictement chrétienne, tandis que la masse des archives de l’Inquisition méridionale n’en finit pas d’ouvrir aux réalités de la société hérétique. Ainsi, la question de l’appartenance des hérétiques à l’univers chrétien médiéval ne se pose-t-elle plus aujourd’hui – les historiens étant parvenus à un accord sur ce point. Ce n’est pas le cas en matière d’évaluation historique du phénomène, en particulier à propos de son réel impact sociologique ou de son caractère de dangerosité.

Vraiment ennemis du monde et de la vie, les cathares ? On ébauchera ici un premier niveau de réponse en examinant, à partir des textes et dans une perspective historique, le thème a priori assez rebattu de l’absolue chasteté cathare...

(l'article complet sera en ligne en octobre 2008)

Anne Brenon

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