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Numéro 217
Mars 2008
( sommaire )

 

Cahier : Art contemporain et christianisme,
par Jérôme Cottin

L’art existe depuis que l’homme existe. Il y a 30 000 ans, dans la grotte Chauvet, des hommes ont dessiné, peint des animaux, des mains, des signes ; abstraction et figuration s’y côtoient. Le sens de ces représentations reste mystérieux, mais la beauté des réalisations force l’admiration.

Il est bien difficile de donner une définition universelle de l’art. Serait-il l’intermédiaire entre la réalité extérieure, objective, permanente, et une réalité intérieure subjective, diverse, instable, changeante ? Si la notion de « beau » artistique a dominé l’histoire de l’art, depuis Platon jusqu’à Hegel, elle a perdu aujourd’hui de sa reconnaissance. L’art cherche néanmoins toujours à utiliser le monde des sens pour pénétrer dans le monde de l’âme. Art et spiritualité sont ainsi très liés.

Germaine Richier, Crucifix, 1950. Église du plateau d’Assy. © Photo J. Cottin

Germaine Richier, Crucifix, 1950.
Église du plateau d’Assy. © Photo J. Cottin
Cette sculpture expressioniste fut retirée par le Vatican.

Au XXe siècle est apparue une rupture fondamentale. L’art a perdu peu à peu de sa fonction représentative, et d’autres critères que le « beau » sont entrés en ligne de compte : la recherche de la vérité derrière l’apparence, la provocation, le rôle de l’inconscient. « L’œuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret », écrit Albert Camus.

L’art contemporain déconcerte, passionne, contrarie avec ses problèmes, ses angoisses, ses recherches. Captivant l’attention du public et des médias, il s’affirme comme le metteur en scène, en images, en objets d’un monde complexe. Il n’est pas toujours facile de comprendre cet art et de l’accepter.

En mai 2004 le cahier no 177 d’Évangile et liberté traitait du sujet « Art et foi », et plus particulièrement de l’art contemporain. Depuis, nous avons reproduit plusieurs œuvres contemporaines dans notre journal, comme les couvertures des n° 209 et 214, ainsi qu’une réflexion de R. Picon sur Pierre Soulages (n° 196). En effet les motivations de l’art contemporain sont en partie voisines de celles du protestantisme libéral ! Ils sont assez proches par leur revendication d’une liberté de penser et de dire. « La vocation de l’homme à la liberté », « Une critique réformatrice », « Le refus de tout système autoritaire » s’appliquent très bien à l’art contemporain. La primauté de l’art fait le pendant à la primauté de la foi.

Jérôme Cottin est pasteur de l’E.R.F., chargé de mission auprès du Conseil national de l’E.R.F. pour les questions de communication, et enseignant en esthétique à l’Institut catholique de Paris et à la Faculté de théologie protestante de Paris. Il a récemment écrit un livre intitulé : La mystique de l’art. Art et christianisme de 1900 à nos jours (Cerf, 2007). Il développe ici les convergences et les richesses d’un dialogue possible entre l’art contemporain et le christianisme.

Marie-Noële et Jean-Luc Duchêne

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L’art contemporain et le christianisme
Du dialogue improbable aux tensions créatrices,
par Jérôme Cottin

Igor Mitoraj, La porte des anges : l’Homme crucifié, 2001, portes de bronze de la basilique Sta Maria degli angeli, Rome

Igor Mitoraj, La porte des anges : l’Homme crucifié, 2001, portes de bronze de la basilique Sta Maria degli angeli, Rome

Alors que dans les pays où le protestantisme est culturellement significatif, voire majoritaire, le dialogue entre l’art contemporain et le christianisme est fréquent 1, il n’en va pas de même en France. Ce dialogue semble être inexistant, ou réduit à quelques exemples sporadiques et non significatifs.

Comment expliquer cela, alors que la France fut, au XXe siècle, le pays dans lequel on trouva quelques uns des plus grands artistes chrétiens (Rouault, Manessier, Gleizes), ou en dialogue avec le christianisme (Chagall, Le Corbusier) ?

Pour certains cela est dû au catholicisme dominant qui, à cause des positions dirigistes du magistère romain, ne favorise pas un dialogue avec des artistes, lesquels exigent qu’ils soient libres de leur art et de leurs revendications. Pour d’autres, c’est le statut particulier du religieux, cantonné à la sphère du privé du fait de la stricte laïcité française, ainsi que la sécularisation avancée, qui en sont la cause. Pour d’autres encore, cela n’a rien à voir avec le christianisme, mais avec l’évolution de l’art qui, depuis plus d’un siècle, s’est émancipé de tout système de pensée. L’art se veut autonome, ne délivre aucun message particulier, si ce n’est celui de l’art. L’art n’a pas de message à faire valoir, il ne montre que des formes...

(l'article complet sera en ligne en septembre 2008)

Jérôme Cottin

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