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Dans le N° 198

Sujet sensible

Un lecteur, que nous remercions pour son courriel, nous a adressé, sur notre site, un message assez critique envers l’article d’Antoine Bosshard publié dans le numéro de Février 2006 d’Évangile et liberté.

Je viens de lire dans le numéro de février 2006 l’article « Jeunes des banlieues, jeunes Africains : même désespoir ». Je ne peux que réagir à cet article pour plusieurs raisons.

– Le sujet est « sensible », comme l’ont prouvé les émeutes récentes. Je pense que les propos de son auteur ont un caractère politiquement engagé qui ne convient pas dans votre journal. Par exemple le passage sur la manque de considération et les propos de N. Sarkozy. Depuis, beaucoup a été dit pour remettre dans le contexte l’expression « racaille » etc. S’il n’y avait eu que cette formule pour mettre le feu, ce serait bien simple et bien pratique !

– J’aurais aimé lire un peu de compassion aussi pour l’homme qui s’est fait « tabasser » à mort en prenant une photo à Épinay Sur Seine (je crois que c’est là).

– Plus globalement je ne doute pas de la connaissance de la France qu’a l’auteur, il a été correspondant à Paris de journaux suisses, mais il me semble un usage de ne pas émettre de critiques d’une politique ou d’un gouvernement quand on n’est pas ressortissant de ce pays. Je m’explique : l’auteur vit en Suisse, sans doute est suisse. Je comprends des analyses faites dans la presse locale, mais E&L est un journal français. Ou alors on appelle cela « point de vue de la presse étrangère ». Un de mes amis suisse, vivant en France depuis de nombreuses années, mais n’ayant pas la nationalité française, donc ne votant pas, s’abstient de jugements critiques sur la politique de notre pays.

– Je ne suis pas sûr que la Suisse soit plus vertueuse en matière d’accueil des étrangers. L’auteur dénonce la sélection et la complaisance envers la « françafrique » comme on dit. C’est vrai ! Mais je crois que la Suisse a une politique d’accueil aussi restrictive et que les établissements financiers de Genève, Zurich ou Lugano ne sont guère regardant sur la pratique démocratique de nos « amis » Bongo et compagnie, « grands » démocrates comme chacun sait !

En revanche je souscris à la conclusion de l’auteur sur la volonté du faire et de s’en sortir, cela existe et il n’y a pas que des « casseurs » excités livrés aux trafics divers.

Je suis sensible à certaines questions de forme et je voulais le dire.

Pierre Olivier Jacod, Paris (courriel)

Réponse de la rédaction :

Ce lecteur estime que « le caractère politiquement engagé » de cet article « ne convient pas à notre journal ». Nous n’avons ni tabou, ni parti pris.

Évangile et liberté (journal francophone mais pas exclusivement français !) devrait-il s’abstenir d’évoquer tout ce qui touche au politique, alors qu’aujourd’hui c’est peut-être dans ce domaine que la réflexion, même théologique, est la plus nécessaire ?

Évangile et liberté devrait-il s’abstenir de commenter tout ce qui a trait à nos banlieues, qui étouffent sous la misère, à la fermeture de nos frontières pour protéger notre tranquillité et notre richesse, à l’Afrique, qui meurt du Sida ?

Être chrétien, n’est-ce pas précisément s’engager (politiquement aussi) pour assister les exclus, les faibles et les sans voix ?

Doit-on interdire à A. Bosshard de critiquer le gouvernement français ? Doit-on interdire à un journaliste français de critiquer l’action de V. Poutine en Tchétchénie ? Peut-on, aujourd’hui encore, croire que ce qui se passe dans un pays n’a pas de répercussion sur les autres ?

Il nous semble que la phrase de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur. » reste actuelle et impérative. À une éternelle et obligatoire louange nous préférons l’alternance justifiée de critiques et d’éloges.

Enfin, accuser la Suisse d’être aussi immorale que la France pour le traitement des étrangers et la collusion avec les despotes africains n’est-il pas hors sujet ? Même si l’accusation était exacte, serait-elle une excuse pour la France ?

Pour la rédaction, M.-N. et J.-L. Duchêne

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Sacerdoce universel, loi du marché et démocratie

Le message que ce lecteur nous adresse, à propos de l’éditorial du numéro de février, nous invite à rester vigilants envers le sacré et l’économie, qui ont peut-être trop tendance, de nos jours, à confisquer la parole de l’individu.

Lorsque, dans l’éditorial de Laurent Gagnebin, je lis « sacerdoce universel », je pense à « action citoyenne ». Je suis en relation avec une association de quartier « Agissez, rêvez », à dominante maghrébine, qui s’efforce de faire valoir les besoins des quartiers par les gens des quartiers eux-mêmes ; comme ils disent : « On veut d’abord exister, et exister, c’est parler. »

La démocratie recule dans la mise en pratique de la « réalité du sacerdoce universel ». Elle a hiérarchisé en loi, le savoir, la connaissance, le pouvoir temporel et… spirituel, comme le montre l’affaire des caricatures.

Nous sommes entrés dans un fascisme économique avec la loi du marché, libre et sans concurrence, la marchandise, nouvelle écriture (image) qui domine l’homme et bientôt un fascisme religieux au nom de l’amour de Dieu.

Amour sacré de l’argent, amour sacré de Dieu. On est sur un fil ! Que devient l’individu, l’homme, la femme ?

Le sacerdoce universel, c’est la parole rendue à l’individu, c’est ce que voulait l’apôtre Paul, en opposant la Loi du Temple à la vie (parole et action) de Jésus de Nazareth.

Je vote depuis 1957, je ne sais pas si je voterai en 2007.

Il reste, comme dit l’éditorial : l’espoir fou du blé qui lève.

André Lavallée, Avignon

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