Un lecteur, que nous remercions pour son
courriel, nous a adressé, sur notre site, un message assez
critique envers larticle
dAntoine Bosshard publié dans le numéro
de Février 2006 dÉvangile et liberté.
Je viens de lire dans le numéro
de février 2006 larticle « Jeunes des banlieues,
jeunes Africains : même désespoir ». Je ne peux
que réagir à cet article pour plusieurs raisons.
Le sujet est « sensible », comme lont prouvé
les émeutes récentes. Je pense que les propos de son
auteur ont un caractère politiquement engagé qui ne
convient pas dans votre journal. Par exemple le passage sur la manque
de considération et les propos de N. Sarkozy. Depuis, beaucoup
a été dit pour remettre dans le contexte lexpression
« racaille » etc. Sil ny avait eu que cette
formule pour mettre le feu, ce serait bien simple et bien pratique
!
Jaurais aimé lire un peu de compassion aussi
pour lhomme qui sest fait « tabasser » à
mort en prenant une photo à Épinay Sur Seine (je crois
que cest là).
Plus globalement je ne doute pas de la connaissance de la
France qua lauteur, il a été correspondant
à Paris de journaux suisses, mais il me semble un usage de
ne pas émettre de critiques dune politique ou dun
gouvernement quand on nest pas ressortissant de ce pays. Je
mexplique : lauteur vit en Suisse, sans doute est suisse.
Je comprends des analyses faites dans la presse locale, mais E&L
est un journal français. Ou alors on appelle cela « point
de vue de la presse étrangère ». Un de mes amis
suisse, vivant en France depuis de nombreuses années, mais
nayant pas la nationalité française, donc ne votant
pas, sabstient de jugements critiques sur la politique de notre
pays.
Je ne suis pas sûr que la Suisse soit plus vertueuse
en matière daccueil des étrangers. Lauteur
dénonce la sélection et la complaisance envers la «
françafrique » comme on dit. Cest vrai ! Mais je
crois que la Suisse a une politique daccueil aussi restrictive
et que les établissements financiers de Genève, Zurich
ou Lugano ne sont guère regardant sur la pratique démocratique
de nos « amis » Bongo et compagnie, « grands »
démocrates comme chacun sait !
En revanche je souscris à la conclusion de lauteur
sur la volonté du faire et de sen sortir, cela existe
et il ny a pas que des « casseurs » excités
livrés aux trafics divers.
Je suis sensible à certaines questions de forme et je voulais
le dire.
Pierre Olivier Jacod, Paris (courriel)
Réponse de la rédaction :
Ce lecteur estime que « le caractère politiquement
engagé » de cet article « ne convient pas à
notre journal ». Nous navons ni tabou, ni parti pris.
Évangile et liberté (journal francophone mais pas
exclusivement français !) devrait-il sabstenir dévoquer
tout ce qui touche au politique, alors quaujourdhui cest
peut-être dans ce domaine que la réflexion, même
théologique, est la plus nécessaire ?
Évangile et liberté devrait-il sabstenir de
commenter tout ce qui a trait à nos banlieues, qui étouffent
sous la misère, à la fermeture de nos frontières
pour protéger notre tranquillité et notre richesse,
à lAfrique, qui meurt du Sida ?
Être chrétien, nest-ce pas précisément
sengager (politiquement aussi) pour assister les exclus, les
faibles et les sans voix ?
Doit-on interdire à A. Bosshard de critiquer le gouvernement
français ? Doit-on interdire à un journaliste français
de critiquer laction de V. Poutine en Tchétchénie
? Peut-on, aujourdhui encore, croire que ce qui se passe dans
un pays na pas de répercussion sur les autres ?
Il nous semble que la phrase de Beaumarchais : « Sans la liberté
de blâmer, il nest pas déloge flatteur. »
reste actuelle et impérative. À une éternelle
et obligatoire louange nous préférons lalternance
justifiée de critiques et déloges.
Enfin, accuser la Suisse dêtre aussi immorale que la
France pour le traitement des étrangers et la collusion avec
les despotes africains nest-il pas hors sujet ? Même si
laccusation était exacte, serait-elle une excuse pour
la France ?
Pour la rédaction, M.-N. et
J.-L. Duchêne