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En une, le n°269 | Mai 2013
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 Les carnets culturels  Théâtre 

Madame de…Vilmorin, d’Annick Le Goff et Coralie Seyrig

 

Retrouvailles avec l’éternelle fiancée de Saint-Exupéry et la compagne d’André Malraux. Charme, rosseries et dernières nouvelles du spleen.

 

En 1957, André Parinaud s’entretient longuement avec Louise de Vilmorin sur les ondes de la radio nationale de l’époque. Conversation enjouée dont il reste un magnifique enregistrement audio où la dame de Verrières, auréolée de succès depuis un quart de siècle, livre, avec une philosophie insolente et les stratèges d’une diva, l’exégèse douce-amère de sa vie qu’entre ruse et désillusion, elle juge ratée. Il y a de tout chez Louise de Vilmorin : à la fois duchesse de Guermantes et Mme Verdurin, femme solitaire et noceuse, égoïsme sans borne et tendresse enfantine, art de plaire comme on n’en a perdu le secret, don pour exaspérer, frivolité absolue et mots d’esprit fulgurants. Annick Le Goff, comédienne et auteur, a scruté les ombres multiples de cette beauté, boiteuse pulmonaire, familière de tous les paradoxes, qui de son père, botaniste de légende, au ministre du Général de Gaulle, de Gaston Gallimard à Orson Welles, de New York aux Carpates, n’a cessé d’exercer avec génie le métier de séduire et de jouer de l’inconstance en virtuose. Il résulte de ce compagnonnage entre celle qui parle, beaucoup, et celle qui l’a écoutée un demi-siècle plus tard, intensément, un monologue vif et spontané, une heure et quart subtile et malicieuse, une forme dissidente de la séduction où la futilité narquoise de la femme du monde s’assombrit toujours plus à chaque flèche des vapeurs anglaises du spleen. Coralie Seyrig, altière ou gouailleuse, redonne vie à Louise, à son imperfection tumultueuse, au scandale de ses dons dissipés. La femme de lettres disparue il y a 40 ans et la comédienne traversent ensemble le souvenir d’un talent qu’on aima beaucoup en le reconnaissant très peu malgré l’admiration d’André Gide, de Jean Cocteau, de Jean Paulhan. L’élégance du travail d’Annick Le Goff et de Coralie Seyrig nous accompagne jusqu’au seuil de cette indépassable énigme qui fut celle d’une femme émancipée dont la devise était « Au secours » et à qui son frère André, épris à la folie de cette grande sœur impossible, écrivait : Dieu s'admire en toi. Pourquoi sommes-nous si peu à le savoir?


Madame de …Vilmorin, d’Annick Le Goff et Coralie Seyrig, avec Coralie Seyrig, Théâtre du Petit Montparnasse,à partir du 9 septembre, 01 43 22 77 74, www.theatremontparnasse.com.

 

 

Thierry Jopeck

 

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