Accueil | Qui sommes nous | le Blog de la rédaction | Traduction S'abonner | Nous soutenir  
RSS  
 
 
 LE BLOG DE LA RÉDACTION 

 

En une, le n°259 | Mai 2012
  CAHIER | Rousseau, enfant terrible de Calvin
 
 

 

Evangile et liberté

 

 
  Note précédente - Accueil du blog - Note Suivante10 Novembre 2011
L'écho des ténèbres

Evangile et Liberté, Jeudi 10 Novembre 2011 à 10:23 - Société

Pierre Ruetsch

Il y eut un temps où Rembrandt pouvait peindre le visage du Christ sous les traits du fils d'un ami rabbin. Il y eut un temps où Voltaire prenait la défense du chevalier De La Barre assassiné à 19 ans pour ne pas s'être découvert lors de la procession du St. Sacrement.
 
 Il y eut ces combats pour la réhabilitation du capitaine Dreyfus, ceux de F. Buisson, héritier de la Reforme, fondateur de l'école de la République. Il y eut ce texte de Félix Pécaut, ami de Buisson, au titre si prometteur : Le Christ et la conscience. Il y eut 1905. Il y eut ces trois études terribles du peintre Francis Bacon sur la crucifixion... Serait ce hier, ces temps fondateurs de notre liberté de penser, de créer et de vivre notre relation au sacré, ces actes fondateurs parmi d'autres, de notre Démocratie ? Moments qui seraient aujourd'hui relégués dans une utopie passéiste où l'on pouvait écrire :
« Qu'est ce que Dieu ? »
Dieu a plusieurs sens différents dans chaque religion ou métaphysique et il a un sens moral.
Que signifie tu aimeras ton Dieu ?
« Mon Dieu, c'est ma perfection morale (...) ma raison, ma liberté (...) le Dieu de mon prochain. »
L’ « écrasons l'Infâme » de Voltaire ne serait-il plus qu'un appel daté, marqué par son siècle ? L'engagement d'André Malraux, ministre de la culture, défendant « Les paravents » de J.Genet attaqués par les nostalgiques de l'Algérie Française, ne serait il plus, lui aussi, que scories d'une époque révolue ? Je ne le crois pas, je ne le veux pas. Cette mémoire des combats d'hier fonde notre liberté d'aujourd'hui et contrairement à ce que pourraient penser certains il n'y a pas que les islamistes pour voir dans la liberté une menace. L'hydre fondamentaliste se faufile partout ouverte et/ou masquée.
Plusieurs événements indiquent que l'époque des obscurantismes refait surface, ici chez nous, pas simplement à Tunis, Tripoli, le Caire ...
Avril : saccage à la collection Lambert en Avignon du « Piss Christ » d'Andres Serrano.
Automne : manifestations et violences contre le spectacle de Roméo Castelluci « sur le concept du visage du fils de Dieu » organisées par les catholiques intégristes encadrés par l'association fondamentaliste Civitas et le Renouveau Français, groupuscule d'extrême droite.
Automne, encore, attentat contre le journal Charlie hebdo sous prétexte que son titre « charria hebdo » était une insulte à l'Islam ! Mêmes rhétoriques utilisées : « islamophobie » par les uns, « christianophobie » et « propos blasphématoires » pour les autres !
L'interdiction du rire - souvenons nous de ce qu'Umberto Ecco évoque dans son roman historique et prophétique Le nom de la rose -, la violence terroriste contre la presse, les processions qui n'ont rien à envier à celle de « la Sainte Ligue », tout cela m'effraie et m'apparaît comme les signaux de retours aux périodes noires de l'obscurantisme.
J'ai vu le spectacle de Castellucci. Il m'a bouleversé ; bien évidemment et d’abord avec ce visage du Christ en fond de scène, peint par Antonello Da Messina, mais surtot le texte ! Une pièce sur l'Amour. Celui de l'homme, celui de Dieu. Une pièce sur la compassion. Certes, un texte qui dérange. Mais l'art, tous les arts ont pour fonction quand ils ne sont pas « officiels » de porter un regard sur notre humaine condition et nos interrogations ; donc de déranger !
Tous ces faits qui pourraient apparaître comme isolés sont graves : nous assistons à une remise en cause, non seulement de la liberté de création, mais de la liberté de penser dans toutes ses acceptions. D'autant plus que ses adversaires le font au nom du Christ, de la Bible ou du Coran dans une période où le vide des idées, la misère sociale, la crise du capitalisme financier, permettent d'avancer l'idée que ces créateurs privilégiés du haut de leurs suffisance d'intellectuels ne sont que des nantis méprisants la « foi du peuple d'en bas ».
Le combat pour la liberté de la presse, la liberté de création, la liberté de penser est plus que jamais à l'ordre du jour. Ne trahissons pas l'héritage de ceux qui nous ont montré la route. Je pense, bien évidement, même si c'est loin mais finalement si proche à ceux de Castellion et de Marie Durand, là bas, à Aigues Mortes, gravant dans la pierre ce si beau mot : Résister. C'est aujourd'hui.
 

Les commentaires

Louison, Dimanche 20 Novembre 2011 à 20:30

Superbe. Merci pour ce beau texte, ce rappel si juste, qui est aussi un appel à la vigilance et au combat.
 
theolib, Dimanche 20 Novembre 2011 à 20:38

 Et ce sera demain !
 
myriam, Jeudi 01 Décembre 2011 à 12:14

 J'adhere entierement.
 
Ajouter un commentaire :
 
Pseudo :
Votre texte :
Question anti-spam :
 
 
 Évangile et liberté, fondé en 1886, est le mensuel francophone du Protestantisme libéral. Chaque mois Évangile et liberté vous propose des textes de réflexion et de spiritualité. Ses pages veulent interroger la foi chrétienne dans ses contenus et ses expressions.
 
 
CATÉGORIES
Spiritualité
Théologie
Œcuménisme
Société
LES NOTES PAR DATES
Mai 2012 (2)
Avril 2012 (5)
Mars 2012 (5)
Février 2012 (5)
Janvier 2012 (2)
Décembre 2011 (6)
Novembre 2011 (5)
Octobre 2011 (2)
Septembre 2011 (2)
Août 2011 (4)
Juillet 2011 (4)
Juin 2011 (4)
Mai 2011 (6)
Avril 2011 (3)
Mars 2011 (4)
Février 2011 (2)
Janvier 2011 (1)
Décembre 2010 (2)
Novembre 2010 (2)
Octobre 2010 (1)
Septembre 2010 (2)
Août 2010 (3)
Juin 2010 (1)
Avril 2010 (2)
Mars 2010 (1)
Février 2010 (6)
Janvier 2010 (3)
Décembre 2009 (1)
LES LIENS DU BLOG
Évangile et Liberté
 
 

 

LES NOTES RÉCENTES

Pourquoi depuis l'apparition des protestants y a t il 40.000 religion dérivée du christianisme?

J’aurais choisi Isis, pas Jésus

L'affaire Dieu me passionne

Impensable Résurrection

Charte de l’Église protestante San Sebastian de los Reyes (Madrid)

De la pluralité des mondes habités

Credo

Vous avez dit "liberté de conscience" ?

Égypte : Rencontre entre protestants et Frères musulmans

Jésus était-il plus libéral ou plus conservateur que nous ?


 
2012 © Évangile et Liberté