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Le crucifix dans l'urine d'Andres Serrano

Evangile et Liberté, Mardi 19 Avril 2011 à 11:13 - Société

 
Le crucifix baignant dans l’urine qui fait un tel scandale au musée d’Avignon est effectivement répugnant. Cet Andres Serrano, d’origine afro-cubaine et hondurienne vivant à New-York, a évidemment des comptes à régler avec la foi chrétienne et il utilise ses dons de photographe pour frapper fort et exprimer ainsi la violence de la propre révolte et l’indignation qu’à tort ou à raison il ressent en lui. Un tel scandale est récurrent.

On se souvient, entre autres, de la Cène de Marithé et François Girbaud qui, d’une manière certes moins scatologique, avait pourtant manifesté une dérision provocante à l’égard de la foi chrétienne qui avait également entraîné de fortes réactions.

Les populations musulmanes – il est vrai largement manipulées par leurs imans – avaient manifesté leur indignation de manière infiniment plus violente lors de la publication au Danemark des caricatures de Mahomet et récemment lors du coran brûlé en Floride par un pasteur fou.

Chaque fois, me semble-t-il, la provocation est dirigée contre une idéologie ressentie comme dominatrice, totalitaire, intransigeante, péremptoire, intolérante, qui n’écoute rien, contre laquelle l’ironie est la seule réponse. Comme les tartes à la crème jetées en plein visage de personnalités prétentieuses qui l’ont bien mérité.

Je suis triste que la personne de Jésus-Christ, que les évangiles nous présentent comme un modèle de solidarité pacifique et de fraternité souriante soit ainsi considéré comme un symbole haïssable.

Je souhaite vraiment que les intégristes qui se sentent visés arrêtent de protester et se demandent plutôt ce qu’ils devraient changer dans leur attitude pour retrouver l’oreille et le cœur de leurs contemporains.

Mais, alors que le musée d'Avignon se propose de continuer à exposer en l'état les deux œuvres agressées, des menaces de mort sont parvenues à son directeur !

 

Les commentaires

NLM, Mercredi 20 Avril 2011 à 14:26

 Bonjour,
Comment se fait-il que ce billet posté ne soit pas signé ? Sur un sujet dit polémique, il serait courtois d'avoir le courage de le faire…

Andres Serrano n'a pas de compte a régler avec la foi chrétienne, il se déclare profondément chrétien et c'est bien pour cela que son travail demande toute notre considération. Il remet en question certaines de nos représentations, du sacré entre autre, des interdits… un autre, qui est notre maître à penser et vivre, touchait les lépreux, crachait sur les yeux des aveugles… est mort comme un malpropre sur l'engin de torture le plus infamant de son époque.

Rembrandt - qui a un tel cote d'estime depuis quelques années peignait des morceaux de viande sanguinolents,
http://www.echolalie.org/wiki/index.php?ListeDecorchesDansLaPeinture

http://www.google.fr/search?tbm=isch&hl=fr&source=hp&biw=1462&bih=940&q
=rembrandt+boeuf+écorché&gbv=2&aq=4&aqi=g2&aql=
&oq=rembrandt+boeuf


Courbet exposait l'origine du monde : http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/origine-du-monde-censure-par-facebook-un-internaute-demande-reparation_982531.html

http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/les-mutations-tranquilles/321029/censure-par-facebook-un-internaute-riposte-par-la-bouche-de-son-avocat

Il est sain que les artistes fassent leur boulot d'artiste de manière complètement libre et malsain que leur travail soit détruit quand celui-ci ne saurait offusquer que les rigides et les dogmatiques qui tenteraient de sabrer notre intelligence, notre capacité à réfléchir par nous-même les uns avec les autres, y compris croyants avec non-croyants.

la Cène de Marithé et François Girbaud était une photo publicitaire, la pertinence de la comparaison n'est pas oportune puisque les intentions sont totalement différentes.

Il est malsain de lire sur le blog de ce journal, qui se veut respectueux de toutes les opinions comme les croyances de chacun, des affirmations sans développement d'une prétendue manipulation des imams sur les populations musulmanes et de faire un sombre mélange avec l'affaire Terry Jones… ( qui lui a sciemment provoqué un buzz pour renflouer les caisses de son église ).

A votre attention voici un lien sur un article magnifiquementargumenté, qui, lui, pose à plat les enjeux du débat - puisque celui-ci a lieu d'être, car tel est le véritable fondement de l'art : de signer des débats, d'être catalyseur de la sensibilité d'une époque pour la marquer temporellement, de trouver dialogues et échanges avec autrui dans le respect de chacun.

http://www.contretemps.eu/interventions/pisse-christ

Nathalie Leroy-Mandart



 
Jean-Claude Barbier, Mercredi 20 Avril 2011 à 17:25

L'article d'Evangile et Liberté sur le Piss Christ n'est pas signé d'un nom d'auteur. Cela signifie-t-il que ce soit un consensus du Journal ?  de l'Association ? Sur un tel sujet, c'est un tour de force d'arriver à un tel consensus. Bravo donc pour le consensuel !

 
pharisien libéré, Vendredi 22 Avril 2011 à 08:29

Comment se fait-il que ce billet posté ne soit pas signé ? Sur un sujet dit polémique, il serait courtois d'avoir le courage de le faire…

Parlez vous de l'article ?  si vous faites une petite recherche, vous trouverez l'auteur assez facilement

Les religieux conservateurs dérapent !

L'article est paru sur le site "Protestants dans la Ville".

Plus généralement,  cette remarque me semble choquante en cela que la qualité de l'informaion semble dépendre de l'identité de l'auteur. Toujours la célèbre question "qui dites vous que je suis ?"   la critique de cette "oeuvre" serit invalide parce que le fait de "dogmatiques" et   le cliché de Serrano serait exempt de blasphème parce qe'il se déclare chrétien.

On en vient à se demander si la manifestation est illégitime parce qu'elle sen prend à un pamphlet ou parce que ses organsateurs sont des catholiques ultras ? 

Or, si la liberté d'expression de l'artiste jusqu'au blasphème est pleine et entière, la liberté d'expression de la critique  me semble devoir être tout autant pleine et entière jusqu'à la destruction de l'oeuvre, laquelle destruction est un identique blasphème contre la sacralité de l'art décernée par une autre cléricature, celle du petit monde de l'art contemporain.

Le "rebelle sans risque" et soutenu par les institutions est un faux rebelle.   Pour qu'il y ait "provocation" ou mieux "pro-vocation", c'est à dire "appel", il faut que le risque de la réponse soit envisageable. De ce fait, la réponse des chrétiens ultras est saine : elle est la condition  de l'oeuvre  si ces gens n'étaient pas intervenus,  personne n'aurait entendu parler de ce cliché dont l'originalité se résume à utiliser un filtre rouge et un filtre jaune au tirage

Quoique "l'origine du monde" soit peinte par Courbet, elle n'en reste pas moins une image pornographique commandée par Khalil Bey  la preuve de l'exploitation du sexe féminin  tient en cette surprenante disparité de succès davec sa critique faite par Orlan : l'origine de la guerre qui ne connaît aucune exposition publique soutenue par les institutions culturelles en dépit de son identique cadrage et de son identique qualité d'exécution.

Pharisien Libéré
pour mon identité, c'est ici "le Pharisien Libéré"




 
NLM, Mercredi 27 Avril 2011 à 09:39

 Merci "pharisien libéré" d'avoir répondu à la question de l'identité de celui qui a mis ce premier billet d'opinion. Car il ne s'agit, en effet pas "d'informations" délivrées mais bien de l'expression d'une opinion. Comme toute opinion, elle se doit de se referrer à un "je", j'estime ma question légitime : qui est ce "je" qui se défini en société en tant que personne morale, responsable - ou "qui dites vous que je suis ?", oui.

Je suis plutôt d'accord avec le reste de votre réponse, la découvrant ce matin, je vous livre la suite de ma réflexion sur ce sujet , parue sur une autre plateforme d'échange :

Etonnée que le manque de consistance et d'intelligence  pour jouter avec un Andres Serrano qui se proclamerai - en quelque sorte - prophète, l'est-il ? 
En ce samedi de Pâques, jour de deuil chrétien, il y a matière à l'introspection pourquoi ne pas réfléchir sur les buts véritables de cet artiste sur la base de l'article - en autre - que j'avais proposé à la lecture sur le précédent article, pour mémoire : http://www.contretemps.eu/interventions/pisse-christ
 
( oui, je sais il est long et prise de tête) - j'y relève ceci :
Piss Christ n’est pas l’œuvre la plus frappante, visuellement parlant, de Serrano, mais, pour avoir généré sa propre aura de controverse, elle est de facto devenue une sorte d’étendard pour son travail. Tout a commencé en 1989 lorsque Piss Christ, ainsi que les photos homoérotiques de Robert Mapplethorpe, se sont retrouvés au centre d’une controverse aux États-Unis, où les forces de la droite chrétienne se sont rassemblées contre le National Endowment for the Arts. Plus récemment, le Congrès a légiféré pour stipuler, dans un texte confirmé par la Cour suprême, que le fonds pour les arts devait prendre « en considération les normes générales de la décence » pour l’attribution de ses subventions[1]. Les « guerres culturelles » ont été lancées aux États-Unis par ce qui pourrait être considéré comme un rituel de contre-profanation, lorsque le sénateur Alphonse D’Amato a déchiré un exemplaire du Piss Christ au Sénat américain le 18 mai 1989. Ce faisant, le sénateur a monté Piss Christ en épingle pour en faire un symbole des excès du libéralisme politique.
 
et aussi l'argumentation de Serrano :
« La photographie et le titre lui-même sont ambigus et provocateurs, mais certainement pas blasphématoires. Au fil des ans, j’ai régulièrement traité de la religion dans mon art. Mon éducation catholique informe ce travail qui me permet de redéfinir et personnaliser ma relation avec Dieu. Mon utilisation de fluides corporels tels que le sang et l’urine dans ce contexte est parallèle à l’obsession du catholicisme avec « le corps et le sang du Christ. » C’est précisément de cette exploration et de cette juxtaposition des symboles que le christianisme tire sa force. »
Petit commentaire acerbe : le sang oui ok mais pas la pisse...
 
Je poursuis mes recherches... un petit peu et tombe sur ceci :
http://thierry-guinhut-litteratures.over-blog.com/article-piss-christ-une-icone-chretienne-d-andres-serrano-72041319.html
et là :
http://www.noblahblah.org/?tag=andres-serrano
 
Et je cherche moi aussi à me faire une opinion, à me positionner:
Et voilà... glorification de l'artiste et non de l'art pour lui-même à mettre en parallèle avec les excès outranciers des réactions radicales. Evidemment, de devoir acquiescer à la position extrémiste brouille le débat... 
Est-il ambiguë de se rallier aux conclusions extrémistes  ? - extrêmement violentes et destructrices - sans pour autant emprunter leur même chemin subjectif ni leur mêmes conséquences ?
Personnellement, je souhaite qu'il soit possible de garder toute discussion ouverte. 
 
De la liberté de l'art comme de la croyance religieuse la limite du cadre est toujours à affiner, non pas pour qu'elle disparaisse, mais pour que ceux qui se situent dans le cadre comme ceux qui disent en être au dehors, pour que tous puissent tout de même se retrouver pour discuter de leurs valeurs communes. 
 
Or Serrano met en avant - tel un bouclier - son éducation catholique romaine et se prétend croyant ( mais pas pratiquant - ce qui est futé : ainsi proclame t-il n'avoir de compte à rendre à aucune communauté d'esprit et de confession... ), remet en question la question de l'aspect théologique sacrificiel de la cruxifiction - certes en débat dans certaines confessions chrétiennes - mais sans y apporter d'argumentations "cohérentes" c'est-à-dire compréhensibles par l'ensemble des chrétiens - et non chrétiens- à qui il s'adresse ...
 
D'un point de vue théologique, en effet, il me semble que - et ceci en me confessant chrétienne pratiquante ( c'est à dire confessante que ce que le message, la vie du Christ régissent le sens et les sens de ma vie ) - l'apport de Serrano, s'il titille nos notions de pudeur - qui ne sauraient être justifiés par une largeur de conception tirée d'autres pratiques de la perception de l'urine  comme en Inde, par exemple, si nous restons dans le domaine du christianisme *- aborde le sujet de la liberté d'expression, l'idolâtrie christologie à remettre en cause, etc... mais ne tire aucune leçon positive de celles-çi ( positive c'est-à-dire dans le sens d'une délivrance - autre que la sienne ! ) : la fin du récit des évangiles étant un rappel du message de paix - paix parce que libérés et non libérés pour remettre en question le message de paix !
 
D'un point de vue artistique, qu'en est-il ? 
- Sans argumentation que celle de l'esthétisme du traité de ces oeuvres... Mais aussi prenant appui sur la notoriété même de l'artiste, de son discours et ses options délibérées à concentrer son travail sur des sujets tendancieux - ce qui est bien son droit - nous sommes dans le subjectivisme d'une expression que la polémique autour de l'oeuvre outrepasse... c'est aussi son droit d'agir ainsi, mais il ne peut faire semblant d'ignorer que sa sensibilité et celles de ceux qui trouvent que cette oeuvre contribue de l'action artistique rentrent en opposition frontale avec ceux qui s'affecteraient que son travail se présente de la sorte.
 
Mais droit avons-nous tous aussi, puisque que cet artiste touche des sommes conséquentes sous formes de subventions ( qui elles-mêmes établissent la pertinence de son travail ) de critiquer sa démarche - sans pour autant vouloir la détruire . 
Droit et peut-être même devoir de démontrer sereinement que cet artiste ne se place pas sous le chemin de valeurs prônées par l'humanisme qui lui lui fait place à lui et son égo et son scepticisme.
Il a bien le droit, pourra t-on se dire de ne pas se réclamer de l'humanisme, d'un vivre ensemble qui recherche l'harmonie prédominant sur l'égocentrisme et du respect de ces valeurs ...
 
Nous aussi, n'avons-nous pas le droit de d'expliciter les dessous et enjeux de cette démarche ?
- Il se pourrait que ce que cet artiste veut nous dire ne nous plaise pas parce que cela ne nous parle pas mais  aussi parce que que les moyens qu'il utilise pour tenter de nous convaincre vont dans le sens contraire de ce que celui-ci réclame : la liberté d'expression... versus notre liberté de réception et d'acquiescement.

Nathalie Leroy-Mandart
 
 
Ps : L'exposition a réouverte avec la photo de l'oeuvre saccagée... du coup ça devient vraiment moche, et je trouve que les responsables de l'exposition qui ont tenu à réouvrir avec l'oeuvre dans cet état plutôt profiteurs et manquants de conscience professionnelle quand à la qualité du matériel exposé...

* j'ai appris depuis que l'utilisation de l'urine avait déjà une histoire conflictuelle sur l'article de ce blog ( quatrième point ) : http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com/archive/2011/04/20/du-crucifix-et-de-l-urine.html

 
pharisien libéré, Mercredi 04 Mai 2011 à 08:35

Merci "pharisien libéré" d'avoir répondu à la question de l'identité de celui qui a mis ce premier billet d'opinion.
Je continue d'être choqué que vous l'ayez demandé . Le fait que l'article de la rédaction d'Evangile & Liberté ne soit pas signé ne vous a pas choqué alors que l'identité du contradicteur, celui qui considre le cliché d'Andrès Serrano cmme une bouffonerie, nécessite un contrôle d'identité

En quelque sorte, seul le consensus conformiste a droit à l'anonymat....  Ce qui est cohérent, dailleurs.

Quant au contradicteur, il est toujours soupçnné d'avoir des réactions "médiévales", de s'en prendre à la liberté d'expression de l'artiste Mais pourquoi donc la liberté d'expression serait-elle réservée  à une seule des 2 parties ?

"Sans argumentation que celle de l'esthétisme du traité de ces oeuvres... Mais aussi prenant appui sur la notoriété même de l'artiste, de son discours et ses options délibérées à concentrer son travail sur des sujets tendancieux -"

C'est exactement ce que je conteste L'oeuvre n'existe pas sans le "discours de l'artiste"  légitimé par l'institution qui le mécène composée du pouvoir de largent et du pouvoir d'état.

La notoriété de "l'artiste" repose sur sa capacité de susciter le scandale  et le fait qu'il suscite le scandale en fait un artiste  . Rien à  voir avec l'exercice d'un talent particulier si ce n'est celui de la com'

 L'exposition a réouverte avec la photo de l'oeuvre saccagée... du coup ça devient vraiment moche, et je trouve que les responsables de l'exposition qui ont tenu à réouvrir avec l'oeuvre dans cet état plutôt profiteurs et manquants de conscience professionnelle quand à la qualité du matériel exposé...

Le cliché a été rendu à sa réalité : "vraiment moche" comme vous le reconnaisez vous-même !

Au contraire, c'est maintenant que le cliché a atteint sa qualité d'oeuvre   "l'artiste" se concentre sur des sujets provoquants ou tendanceux ;  on peut dire que son oeuvre a été reçue quand le risque d'obtenir une opposition, même virulente,  a été réalisé. Faute de quoi, il est un "rebelle sans cause"

Sans la (légère) degradation  de l'oeuvre, il n'y a pas d'oeuvre.  Le geste artistique est donc celui du public rebelle, celui qui prend des risques  et qui va payer pour avoir fait une page de publicité gratuite pour un cliché qui n'en valait pas la peine.

Le public a donc repris le pouvoir de dire "le vrai" face à la cléricature de l'art contemporain .

Pharisien Libéré


 
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