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n°260 | juin-Juillet 2012
  CAHIER | par Philippe Aubert Le siècle des Lumières et la naissance de la théologie libérale

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  La fiche auteur de Sylvie Queval

  Sur le même thème : Martyr

 
Evangile et liberté
 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS   par Sylvie Queval 

Martyr

 

  Le martyr meurt pour une cause qu’il estime sacrée et qui justifie donc, à ses yeux, qu’on lui sacrifie tout, y compris la vie. Par sa mort, souvent précédée de grandes souffrances, il pense témoigner – c’est le sens du grec martureô – de l’absolue valeur de sa cause. Toutes les religions et toutes les révolutions ont leurs martyrs, ces hommes et ces femmes qui ont considéré que mourir servait mieux leur idéal que vivr e.

  Il ne fait pas de doute que les martyrs ont fait beaucoup pour la propagation de leur foi et déclenché des conversions alors même que leurs bourreaux pensaient détruire cette foi en les tuant. Mais ce n’est pas l’argument d’efficacité qui a été retenu par les Églises qui ont valorisé le martyre et qui, par un glissement aberrant, en sont venues à louer la mort douloureuse là où on ne voulait initialement que vanter le témoignage courageux. On a substitué une galerie de suppliciés à la nuée des témoins. De l’éloge du témoignage, on est passé à celui du suicide sacrificiel.

  Voir dans le martyre « un baptême sanglant », selon la formule consacrée, revient en effet à conjoindre ce qui devrait rester séparé : la brutalité du supplice et la fidélité à sa foi. Débarrasser l’image du martyr de son fatras doloriste serait oeuvre utile. On retrouverait alors le sens de ce que peut être un témoignage vivant. Attester de la sincérité de ses convictions, porter témoignage de la force de la foi qui les soutient devrait bien plutôt passer par la plus grande vitalité que par la mort douloureuse. Et quand, par malheur, la mort est la seule issue laissée au témoin, qu’alors on admire sa fermeté sans, par surcroît, se régaler de façon très suspecte des souffrances endurées

 

Sylvie Queval

 

  La fiche auteur de Sylvie Queval

 
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