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n°218 | Avril 2008
  CAHIER | par Anne Brennon Catharisme et refus de la chair

 ÉDITORIAL |    Internet


 QUESTIONNER |    Prier, pour quoi faire ?


 AGIR |    Jeunes de banlieue


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Pilate


  SÉRIE : LES PERES DE L'EGLISE |    4. Dhuoda


 BILLET |    Homo analphabetus


 MÉDITER |    Seigneur, mets au profond de nous ton esprit de vie


 CAHIER | Catharisme et refus de la chair   Introduction : Le catharisme, première Église alternative

   Catharisme et refus de la chair


 REPENSER |    La croix


 DÉBATTRE |    Que tous soient un ?


 REGARDER |    Présence


 COMMENTER |    Sur l'authenticité des épîtres pastorales


 RETROUVER |    Les sociniens


 RÉSONNER |    Maria Callas (1923-1977)

 
 
 

  La fiche auteur de Raphaël Picon

  Sur le même thème : internet - mémoire - oubli

 
Evangile et liberté
 ÉDITORIAL   par Raphaël Picon 

Internet

 

Internet est devenu notre grande mémoire collective.

Tout ce qui passe sur la toile y reste prisonnier.

Sauf à détenir la clé d’accès d’un site, personne ne peut en modifier le contenu et effacer ce qui s’y trouve.

Combien de demandeurs d’emploi, soucieux de faire bonne figure, se sont par exemple trouvés piégés par la mention de leur nom ou la présence de leur photo dans un site peu recommandable !

Grande mémoire de notre humanité, Internet en est aussi la grande poubelle.

Tout s’y entasse et s’y nivelle : accumulation effrayante qui n’autorise aucun oubli.

Cette mémoire n’est-elle pas l’usurpation d’une qualité jadis réservée à Dieu : celle de tout savoir et de tout garder ?

Heureuse mémoire vive qu’est ce Dieu, alpha et oméga de toutes vies, pour qui tout compte, et qui résiste ainsi à l’impermanence des choses, au morne passage du temps qui, indifférent à ce qui est, use le souvenir et force l’oubli. Mémoire heureuse qui, à l’inverse d’Internet, reste une mémoire cachée et inaccessible ! Ne dit-on pas couramment que la vérité ultime d’une personne lui échappe et se trouve en Dieu seul ?

Mais ce Dieu de mémoire, n’est-il pas lui aussi… terrifiant ? On se souvient de Nietzsche qui fondait notamment son athéisme sur l’indécence d’un Dieu qui se rappelle tout. Devant ce Dieu, peut-on en effet se tenir sans honte et être autre chose que coupable ?

Pour retrouver le Dieu que raconte le Christ, celui de la créativité, de l’amour gratuit et du renouvellement, il nous faudrait aussi croire en un Dieu de l’oubli.

Car un Dieu capable d’oublier serait le porteur d’une mémoire sélective et non mécanique. Une mémoire qui garderait de nous et du monde, non pas le tout, mais juste le meilleur. Un Dieu de toutes nos amours et de nos grâces !

Un Dieu à la mémoire infiniment plus précieuse qu’Internet.

 

Raphaël Picon

 

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