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n°258 | Avril 2012
  CAHIER | par Rémi Gounelle Jésus et le judaïsme dans quelques textes apocryphes

 ÉDITORIAL |    Le christianisme est la religion de l'esprit, mais


 QUESTIONNER |    Peut-on encore croire à la résurrection ?


 RÉAGIR |    Poudre de protestantisme


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Dévotion


 SÉRIE: "QUAND JE DIS DIEU..." |    4. Dieu aux deux extrémités d’une relation humaine


 BILLET |    Et « Dieu » leur répondit…


 MÉDITER |    Nous intercédons pour la politique


 CAHIER | Jésus et le judaïsme dans quelques textes apocryphes   Les textes apocryphes, reflets des premières communautés chrétiennes

   Jésus et le judaïsme dans quelques textes apocryphes


 LE REBOUSSIER |    « Que tous soient un »


 REPENSER |    La résurrection du Christ


 REGARD SUR LE MONDE |    Contrôle des naissances aux Philippines


 COMMENTER |    Au jardin de la résurrection : la tentation de Marie


 RETROUVER |    Baruch Spinoza


 RÉSONNER |    De la musique en couleurs

 
 
 

  La fiche auteur de Henri Persoz

  Sur le même thème : Baruch Spinoza - philosophe

 
Evangile et liberté
 RETROUVER   par Henri Persoz 

Spinoza, philosophe, héritier critique de Descartes, exclu de la communauté juive pour hérésie, considéré comme athée de son vivant, eut une influence considérable sur la philosophie et la théologie. Il est l’inventeur de la critique historique appliquée à la Bible.

 

Baruch Spinoza

(1632-1677)

 

Portrait de Spinoza à la Bibliothèque du Duc Auguste à Wolfenbüttel, Allemagne

  Baruch Spinoza est né à Amsterdam, dans une famille juive d’origine portugaise. Il fut éduqué dans une école religieuse réputée qui lui donna une solide connaissance de la Bible hébraïque et de sa langue. Il se destinait d’ailleurs au rabbinat. Mais il s’éprit d’un grand intérêt pour les sciences naturelles et pour la philosophie de Desc artes. Cette dernière le rendit très rationaliste et il se mit à remettre en cause un certain nombre d’enseignements traditionnels de la Synagogue. Par exemple le fait que le Pentateuque ait été écrit par Moïse, ou qu’Adam ait été véritablement le premier homme. À vingt-quatre ans, il fut exclu de la communauté juive et de la ville d’Amsterdam, avec la complicité des autorités municipales, calvinistes. Il fut condamné comme hérétique et même athée. Il se consacra alors à la philosophie et à la mise en forme de ses idées, vivant de son métier de polisseur de lentilles pour les microscopes. Pour ne pas être trop isolé, il se rapprocha des protestants « pré-libéraux », qui n’étaient pas les plus purs calvinistes, mais plutôt les mennonites, descendants des anabaptistes ou les membres de la Fraternité des Remontrants (créée en 1619 en réaction aux idées de Calvin sur la prédestination).

  Le seul ouvrage paru de son vivant, en 1670, est le Traité théologico-politique dans lequel il explique que la liberté de penser n’est pas nuisible à la piété ni à la paix ni à la sécurité de l’État. Il propose un système politique : la démocratie, et surtout il défend la liberté religieuse.

  Dix-huit chapitres traitent du statut de l’Écriture et des démarches qu’il faut entreprendre pour en comprendre le sens véritable. Dans ce livre, Spinoza est d’un grand rationalisme, s’inspirant de l’esprit cartésien et de la philosophie juive du Moyen Âge qui, on le sait, était elle-même influencée par la raison d’Aristote. Il n’y a aucune place, dans la pensée de l’auteur, pour une connaissance révélée, ou pour des phénomènes surnaturels, car les lois de la nature sont des lois divines. Sortir de ces lois serait donc sortir de Dieu, c’est-à-dire déboucher sur rien.

  La Bible est un document humain, chacun de ses fragments étant situé en un lieu et en un temps donnés, dont il faut tenir compte pour comprendre qu’un certain nombre de rites, de recommandations et de croyances n’ont de valeur que par rapport à l’époque où ils ont été énoncés. Il faut donc revenir à l’histoire du texte à partir de laquelle on pourra retrouver les intentions des auteurs. Pour cela, il faut analyser la langue, rechercher l’origine des écrits, distinguer les différentes variantes, enquêter sur la vie et les préoccupations des auteurs, sur leur milieu social et culturel, comprendre à quels genres de personnes ils s’adressaient. Il faut rechercher comment les textes furent rassemblés, sur l’avis de qui ils furent reçus dans la collection des textes sacrés. Il faut aussi confronter les textes entre eux, déceler les contradictions, les incohérences et les invraisemblances. Ce que Spinoza appelle l’interprétation de l’Écriture par l’Écriture qui permet, au bout du compte, de ne pas confondre parole de Dieu et parole humaine. Ce difficile travail de compréhension ne perturbe pas la foi en un seul Dieu qui réclame la justice et l’amour du prochain. Au contraire, il permet de bien distinguer ce qui traverse la totalité de l’Écriture de ce qui est purement conjoncturel. Ces idées, très rejetées à l’époque, y compris par la majorité des protestants, finirent cependant par avoir des répercussions considérables, puisqu’elles furent reprises très soigneusement par les protestants libéraux allemands du XIXe siècle.

  Spinoza fut finalement le précurseur de l’exégèse moderne et d’une compréhension éclairée des textes bibliques. Malade, probablement tuberculeux, il mourut prématurément à 44 ans.

 

Henri Persoz

 

  La fiche auteur de Henri Persoz

 
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