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| LE REBOUSSIER |
par
Laurent Gagnebin |
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« Que tous soient un »
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J’’en ai assez ! Pour justifier et défendre l’oecuménisme, et plus particulièrement l’unité, on fait un usage abusif des paroles de Jésus d’après l’évangile de Jean : « Je prie pour que tous soient un » (17,21). Ce texte est devenu un texte prétexte. J’en ai assez : celles et ceux, qui sont les premiers à reprocher à certains prédicateurs de manipuler les Écritures pour les utiliser en en tordant le sens, sont en réalité les premiers aussi à utiliser le « que tous soient un » avec un manifeste et révoltant détournement de sens. On s’indigne parce que des prédicateurs soumettent des versets bibliques, sans aucune fidélité d’ordre exégétique, à ce qui les arrange et à leur idéologie personnelle. Mais on fait de même. En effet cette demande de Jésus adressée à Dieu ne vise pas le moins du monde une unité institutionnelle, mais clairement une union mystique, pour laquelle l’unité doctrinale des Églises historiques et établies n’est pas le sujet. Jésus d’ailleurs ne pouvait imaginer l’établissement futur de telles Églises avec leurs cadres institués, leurs hiérarchies, leurs prêtres et ecclésiastiques, leurs synodes et conciles, leurs dogmes et doctrines, leurs infaillibilités ecclésiales ou bibliques, leurs credo…
Quand je parle ici d’union mystique, je veux dire que Jésus établit là une similitude inspirée par l’union qu’il vit avec son Père, comprise comme une interpénétration réciproque : « Qu’ils soient unis à nous, comme toi tu es à moi et moi à toi » (v. 21). D’ailleurs, comme le montre le texte, Jésus, dans ce passage précis, ne prie plus seulement, comme il le fait dans ce qui précède, pour ses disciples. Il en transcende le cercle et les limites dans une perspective eschatologique qui dépasse le temps et ce qui pourrait s’apparenter, avec le cercle des Douze, à un cadre prétendument déjà ecclésial. Tous les croyants sont ainsi concernés : « Je ne te prie pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en moi grâce à leur message. » (v. 20) Il s’agit bien de croire, mais non pas des dogmes ecclésiaux : croire que Dieu a envoyé Jésus. Rien à voir, par conséquent, avec l’unité doctrinale et institutionnelle des Églises.
André Gounelle déclare volontiers que quand les chrétiens disent tous la même chose, ils n’intéressent personne. En revanche, si leurs débats manifestent des désaccords, mais cela dans un respect mutuel et sans esprit de supériorité réciproque, ils ont de l’audience, sont écoutés et pris au sérieux. On ne se fait plus d’illusions au sujet d’une prétendue unité uniformisante des Églises. On est aujourd’hui convaincu que les différences institutionnelles, dogmatiques, cultuelles, ne sont pas nécessairement négatives. Elles peuvent être, au contraire, source de découvertes et enrichissements réciproques. L’autre a sa raison et ses raisons d’être ce qu’il est et comme il est. La diversité est un plus. Je me rappelle que quand, dans les années soixante, les protestants libéraux militaient pour l’union mystique entre les Églises et non pour leur unité institutionnelle et dogmatique, on les traitait de fossoyeurs de l’oecuménisme. N’auraient-ils pas en fait eu raison trop tôt ?
Laurent Gagnebin
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