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n°254 | Décembre 2011
  CAHIER | par Marie-Noële Duchêne Pardon et Justice

 ÉDITORIAL |    Pourquoi Noël,


 QUESTIONNER |    Dieu est amour ?


 DÉCOUVRIR |    La foi qui creuse les montagnes


 REPENSER |    Dieu à Noël


 DÉBATTRE |    La cruauté envers les animaux n’est pas tolérable


 MÉDITER |    Dis-leur…


 CAHIER | Le pardon   Pardon et Justice

   Le pardon : une impossible nécessité

   Le pardon : exigences, ambiguïtés, accomplissement

   Ne faut-il pas pardonner ?

   Pardonner : est-ce possible ?


 VIVRE |    Au retour d’un autre monde


 COMMENTER |    Mettez en pratique la Parole et ne vous bornez pas à l’écouter


 RELIRE |    Les religions d’autorité et la religion de l’Esprit


 RETROUVER |    Pierre Viret (1511-1571)


 RÉSONNER |    Et maintenant on va où ?

 
 
 

  La fiche auteur de Marie-Noële Duchêne

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Pardon et Justice

 

La Justice, sculpture de Hans Gieng (1543) couronnant une fontaine à Berne (Suisse) Photo TheBernFiles/Wikimedia

La justice des hommes est affaire de société ; le pardon est-il d’ordre personnel ?

  Le concept de pardon appartient à un héritage religieux. Dans notre culture, justice et pardon sont perçus comme incompatibles : la justice demande la réparation du tort, là où le pardon introduit la gratuité.

Pourtant Hannah Arendt a exprimé une proximité de la décision de justice et du pardon. Elle écrit dans La Condition de l’homme moderne : « Le châtiment […] a ceci de commun avec le pardon qu’il tente de mettre un terme à une chose qui, sans intervention, pourrait continuer indéfiniment. Il est donc très significatif […] que les hommes soient incapables de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir, et qu’ils soient incapables de punir ce qui s’avère impardonnable. »

  Comme Ricoeur l’a fait observer, ce qu’il y a de plus rationnel dans la peine, à savoir qu’elle soit proportionnée au crime, correspond aussi à ce qu’il y a en elle de plus irrationnel, à savoir qu’elle l’efface. Comment une douleur qu’on ferait subir pourrait-elle effacer, ou simplement réparer une autre douleur ? Quel est donc le sens de la peine ?

  La peine devrait permettre la transformation du coupable, à la fois complètement et diversement coupable, complètement et diversement irresponsable, pour en faire un être responsable, qui assume ce qu’il a fait et se sente capable de ne plus jamais le refaire. L’exécution de la peine devrait placer le sujet en situation d’interpréter la peine et, finalement, de se réinterpréter lui-même. Mais les conditions sont-elles remplies dans notre société pour que cela soit possible ?

  Aujourd’hui le pardon s’affiche sur la scène politique. Il s’agit d’un fait assez nouveau. Ni le droit international, ni plus largement la philosophie politique classique ne font de place à ce concept. Ceci est sans doute lié aux abominations en tous genres qu’a connues le XXe siècle ; comment surmonter le passé et ouvrir un avenir sans recourir à quelque chose comme un pardon ?

  Mais certains philosophes, comme Ricoeur et Derrida, estiment que le pardon, « folie de l’impossible », non seulement ne saurait être politiquement institutionnalisé, mais qu’il se dénature à passer dans la sphère politique ou sociale. « Un pardon “finalisé” n’est pas un pardon, c’est seulement une stratégie politique ou une économie psychothérapeutique », écrit Derrida.

  Le pardon est bien difficile… À la question : « Pour vous, est-il possible ou impossible de pardonner le mal qui a été fait ? », 72 % des Français répondent qu’il est possible de pardonner. Pourtant, quand on leur demande : « Estimez-vous qu’il est possible ou impossible de pardonner pour les crimes suivants… », 91 % des Français pensent qu’il est impossible de pardonner l’assassinat d’un enfant.

  Quatre théologiens protestants, Louis Pernot, Camille Izard, James Woody, Laurent Gagnebin, approfondissent ici la possibilité du pardon, sa nécessité et ses exigences.

 

Marie-Noële Duchêne

 

  La fiche auteur de Marie-Noële Duchêne

 
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