Accueil | Qui sommes nous | le Blog de la rédaction | Traduction S'abonner | Nous soutenir  
RSS A A A
 
 
n°246 | Février 2011
  CAHIER | par Henri Persoz Un christianisme raisonnable

 ÉDITORIAL |    L’idée de mérite


 QUESTIONNER |    Joie christique et joie cosmique


 AGIR |    Les réseaux du Parvis


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Charité


 SÉRIE: PROVERBES |    2. Une carie dans les os


 REPENSER |    Révélation


 MÉDITER |    Dieu rayonne


 CAHIER | Un christianisme raisonnable   Foi et raison

   Un christianisme raisonnable


 VIVRE |    Une prière


 COMMENTER |    La foi qui transporte des montagnes


 DÉBATTRE |    Pour mieux connaître l’anglicanisme


 RETROUVER |    La Satire Ménippée


 RÉSONNER |    Quand un poète s’empare d’un texte de l’Évangile

 
 
 

  La fiche auteur de Francine Serre

  Sur le même thème : poète - l’Évangile - Benjamin Fondane

 
Evangile et liberté
 RÉSONNER   par Francine Serre 

Benjamin Fondane (1898-1944), écrivain juif né en Roumanie, arrivé en France en 1923, était philosophe, cinéaste, et surtout un poète trop peu connu. Francine Serre nous parle de deux de ses oeuvres, publiées il y a un an dans une traduction française : les Poèmes d’autrefois, et Le reniement de Pierre.

 

Quand un poète s’empare d’un texte de l’Évangile

 

Benjamin Fondane, philosophe, essayiste, cinéaste, poète, a écrit son oeuvre en roumain, puis en français. Il se considérait avant tout comme un poète.

  Comme tous les poètes, il était aussi prophète : il avait prédit sa mort brutale de longue date, avant le cataclysme de la seconde guerre mondiale où tout droit humain s’était trouvé bafoué et en particulier celui de son peuple, le peuple juif.

  Deux ans avant sa disparition à Auschwitz-Birkenau, il avait crié dans un poème inoubliable :

  « C’est à vous que je parle, hommes des antipodes je parle d’homme à homme
  avec le peu en moi qui demeure de l’homme
  avec le peu de voix qui me reste au gosier
  mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
  ne pas crier vengeance ! l’hallali est donné, les bêtes sont traquées
  laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots que nous eûmes en partage... »

  La poésie de Fondane est message tragique, quête d’un absolu qui lui échappe.

  Dans ses oeuvres de jeunesse, marqué par son environnement judaïque, il va écrire des poèmes inspirés de la Bible où revient sans cesse le thème du mal : Psaume du lépreux dicté par la dureté du Lévitique ou chant d’amour désepéré de Samson trahi par Dalila, les personnages bibliques se pressent dans son oeuvre.

  C’est aussi ce thème du mal qui est abordé dans un drame, Le Reniement de Pierre, dont la trame originelle se trouve dans les récits des évangiles.

  Pierre se présente comme un homme aux abois, dont toutes les certitudes se trouvent ébranlées en un instant, l’instant sinistre de l’arrestation et du jugement de Jésus.

  Pourtant il est bien le fils de Dieu ! Vraiment l’estil ? Ne l’est-il pas ? Pierre, écrasé de douleur et d’incertitudes, ne comprend plus rien à rien, l’angoisse et la peur lui mordent le coeur.

  Judas a vendu Jésus pour trente deniers, mais lui, Pierre, le vendra pour rien, simplement pour sauver sa peau. Il n’est pas meilleur que Judas.

  Que s’est-il passé pour que Pierre en arrive là ? Petit à petit, assailli par les questions des servantes et des serviteurs, il voit son Maître avec d’autres yeux, les yeux impitoyables et cyniques de ceux qui ne croient pas en lui.

  On lui dit : « Ton maître est sale, pieds nus, en guenilles, il est suivi par des prostituées. » Que va gagner Pierre à dire qu’il est le disciple de Jésus ? Cela n’empêchera pas la crucifixion et lui-même sera crucifié aussi.

  Il vaut mieux qu’il renie son Maître et tout sera plus simple. Mais renier, quel horrible mot ! Non, il ne l’a pas renié, même si le coq a chanté. Tous les coqs ne chantent-ils pas la nuit ? Ces mots tournent dans sa tête : « Pas renié, pas renié. »

  C’est alors que Fondane met dans la bouche de Pierre une prière pathétique, à la fois juive et chrétienne, comme un appel au secours au Dieu des chrétiens et des juifs, qui doit être le même, s’il existe.

  Fondane en appelle à l’infinie tendresse d’un dieu aimant toute créature, à laquelle il n’est demandé aucun credo.

  Du fond de l’abîme, celui de l’absurdité du mal, Pierre, tout comme Fondane lui-même, crie vers Dieu et espère contre toute espérance.

F. S . Benjamin Fondane, Poèmes d’autrefois, Le reniement de Pierre (traduction du roumain par Odile Serre), Le temps qu’il fait, Paris, 2010.

 

Francine Serre

 

  La fiche auteur de Francine Serre

 
Contactez-nous | Les liens   © 2013 Évangile et Liberté