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n°246 | Février 2011
  CAHIER | par Henri Persoz Un christianisme raisonnable

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  La fiche auteur de Louis Pernot

  Sur le même thème : Loi - langage - sens - sens littéral

 
Evangile et liberté
 COMMENTER   par Louis Pernot 

Il s’agit bien sûr d’une image passée dans le langage courant. Mais alors quel est son sens ? De quel genre de foi Jésus veut-il parler ?

 

La foi qui transporte des montagnes

(Marc 11,22-24)

 

Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne : « Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer », et s’il ne doute point en son coeur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir.

  Le sens littéral de cette parole est évidemment absurde : ni personne, ni Jésus n’a jamais déplacé de montagne, même avec la plus grande des fois.

  Pour le sens commun cela signifie : avoir une foi extraordinaire qui peut permettre d’accomplir de grandes choses. D’accord, mais de quelle foi parle-t-on ?

  Dans la Bible, la « foi » ne désigne pas le sentiment religieux, pas plus que la doctrine. L’émotion religieuse est quelque chose de bon mais de subsidiaire ; quant aux dogmes, ils donnent un cadre à la foi mais ils ne sont pas non plus premiers. La foi, ici, c’est la « conviction », une certitude intérieure qui donne une force extraordinaire, un élan qui pousse à faire des grandes choses qui sembleraient impossibles à priori. Pour cela, il faut y croire, dépasser les « ce n’est pas possible », et les « ça ne marchera jamais », parce que l’on croit qu’avec Dieu beaucoup est possible.

  La foi fait sortir du bien sage, du bien raisonnable pour nous propulser dans le monde de l’extraordinaire ; c’est l’ouverture des possibles, la rupture par rapport aux déterminations et à la répétition du même. Il faut avoir une dose de folie pour faire des projets et agir dans ce monde. Il faut croire qu’il est possible de sortir du quotidien, que l’on peut changer, avoir une vie nouvelle.

  Un autre sens d’ « avoir foi » est « avoir confiance ».
  L’« Ayez foi en Dieu » peut inviter alors à ne pas croire seulement en soi-même, ce qui serait décourageant, parce que moi-même, je suis limité et peu puissant. Avoir confiance en Dieu, ce n’est pas croire qu’il va tout faire à notre place, mais savoir que notre action n’est pas toute puissante, que les choses peuvent évoluer sans nous. La foi en Dieu nous débarrasse de bien des soucis quant à nous-mêmes. Et quand une chose devrait être accomplie, l’appel de l’action peut se présenter comme plus important que les réserves que l’on peut avoir soi-même en comptant sur ses propres forces. Cela est possible parce que l’on n’est pas le centre de tout, et que l’on sait ne pas être la cause ultime de tout ce qui réussit ou rate.

  Mais si cette foi déplace les montagnes, encore fautil savoir de quelles montagnes l’on parle.
  On peut d’abord voir la montagne comme le lieu de la révélation de Dieu. Avec la foi, on peut transporter la montagne partout, même au fond de la mer. Même dans les pires épreuves, on peut trouver une montagne lumineuse, une parole de vie, une espérance, voir la vie même dans la mort, croire à la lumière même dans la nuit.

  Mais les montagnes peuvent aussi être négatives comme en Ésaïe 40 qui demande que toute montagne soit abaissée pour laisser venir le Seigneur. Ce sont les obstacles entre nous et Dieu, qui est la vie, le bonheur, l’accomplissement. Il y a des montagnes d’égoïsme, d’absurdité, d’indifférence, d’attachements trompeurs... La foi peut permettre de jeter tout cela au loin, au fond de la mer, dans l’abîme, pour qu’il n’en reste rien.

  Si la foi est conviction, elle consiste aussi à faire un travail de purification, on ne peut tout garder, son ancienne vie, ses attachements mauvais et vouloir plaquer dessus une vie nouvelle : « On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ». Il faut avoir le courage de se dépouiller de ce qui encombre et qui ne vaut rien.

  Et puis se débarrasser de ces montagnes, c’est aussi enlever ce qui obscurcit l’horizon, ce qui empêche de voir plus loin que le bout de son nez. Avoir foi en Dieu, c’est ouvrir des horizons infinis, voir loin, dégager l’espace de sa vie.

 

Louis Pernot

 

  La fiche auteur de Louis Pernot

 
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