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| CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |
par
Laurent Gagnebin |
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Infaillibilité
On pense immédiatement au dogme de l’infaillibilité pontificale promulgué par le pape Pie IX en 1870. Il s’agit d’ailleurs avec ce dogme de redire l’infaillibilité même de l’Église romaine. À travers son histoire et ses évêques, elle ne se tromperait pas. Aucun protestant ne peut penser que l’Église, institution humaine, soit infaillible, encore moins un homme qui la représenterait. Mais ce dogme répond en réalité à un autre, principalement protestant, qui le précède, celui de l’infaillibilité de l’Écriture. C’est à peine si, avec le fondamentalisme et le littéralisme biblique, on ose parler des Écritures tant il s’agit de proclamer l’autorité d’une Bible monolithique et indiscutable jusque dans sa lettre même. Dans les deux cas, on projette, soit dans l’Église soit dans la Bible, une entité abstraite et absolue, celle de l’infaillibilité, confondue avec une révélation divine ; on ignore leur dimension humblement humaine, relative et historique, laquelle ne saurait être à l’abri d’approches rationnelles, donc de lectures scientifiques et critiques.
Nous ne voulons d’aucune de ces deux infaillibilités appartenant en fait à deux systèmes d’autorité très proches, relevant d’une même soif, celle d’idoles intouchables. N’avons-nous pas besoin d’autorités incontestables pour échapper aux doutes et aux exigences des choix responsables, à la liberté de conscience et au libre examen ? Comme le fini appelle l’infini, le mortel l’immortel, le faillible n’appelle-t-il pas l’infaillible ? C’est peut-être bien en cela que ces dogmes ont quelque chose d’émouvant et profondément humain. Ils trouvent leur source dans notre désir bien compréhensible d’une perfection terrestre qui nous est douloureusement, mais heureusement, refusée ici-bas.
Laurent Gagnebin
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