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n°240 | Juin-Juillet 2010
  CAHIER | par Bernard d'Espagnat Aux yeux du physicien, le monde est-il intelligible ?

 ÉDITORIAL |    A quoi servent les évangiles ?


 QUESTIONNER |    Doxologie


 AGIR |    Prédication et diaconie Église « risque tout » et Église « refuge »


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Morale


 SERIE: MON JÉSUS |    7. Il donne de la chair à l’affirmation divine


 MÉDITER |    Confession de foi


 CAHIER | Le monde est-il intelligible ?   La physique contre les évidences

   Aux yeux du physicien, le monde est-il intelligible ?


 VIVRE |    S’il me manque l’amour


 COMMENTER |    D’où vient la foi ?


 DÉBATTRE |    L’écologie politique : un nouveau discours eschatologique ?


 RETROUVER |    Indispensables Bagatelles


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 BILLET |    Si Dieu existe, pourquoi le mal ?

 
 
 

  La fiche auteur de Vincens Hubac

  Sur le même thème : manque - l’amour

 
Evangile et liberté
 VIVRE   par Vincens Hubac 

S’il me manque l’amour

 

La dame apporte un couffin.
Elle prend l’enfant comme on prend une poupée désarticulée, puis elle
dépose le bébé dans le cercueil.
Pas un mot, silence.

On aurait aimé entendre le sanglot étouffé de parents abattus par le chagrin.
On aurait aimé entendre le cri de révolte de parents révulsés par l’absurde.
Rien, personne n’est là, sauf le silence.

La petite fille, morte après 24 heures de vie, est seule, abandonnée par une
famille dont on ne sait rien. Détresse et fuite des parents devant l’insoutenable ?
Honte de ne pouvoir assumer le coût des obsèques ? Misère morale, psychique,
sociale… Dans le silence de la morgue retentit le désespoir de toute une
population qui part à la dérive.

Nous partons pour le cimetière, peut-être là-bas quelqu’un sera présent pour
dire le lien, l’affection, l’amour qui entoure la petite fille… Hélas, au cimetière,
il n’y a personne. Dans le carré réservé aux enfants, dans la partie de ceux qui
sont « sans famille », pas de pierres tombales, pas d’angelots en marbre, pas de
prières inscrites… Rien, ni personne, seul le bruit du vent meuble l’immensité
du cimetière.

Sur la tombe de l’enfant seul, nous déposons quelques fleurs. Un geste, un
faible lien, demain elles seront fanées. Mais un geste qui dit la vie… Et toujours
le silence pesant. Silence de solitude, d’exclusion, de mort et d’horreur, triomphe
de l’injustice et de la souffrance. L’enfer, s’il existe, doit ressembler à ce silence…
Alors, à la dernière pelleté de terre, devant la tombe de l’enfant mort, pour elle,
pour la petite fille et pour que l’horreur n’aie pas le dernier mot, j’ai lu l’hymne
à l’amour de la lettre aux Corinthiens.

 

Vincens Hubac

 

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