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n°237 | Mars 2010
  CAHIER | par Gilles Bourquin De l’animal à l’Homme

 ÉDITORIAL |    Toutes les formes de protestantisme ne se valent pas


 QUESTIONNER |    Athées et chrétiens, semblables et différents


 AGIR |    CICR : une croix sur l’indifférence


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Anges


 SERIE: MON JÉSUS |    4. Des commandements aux droits de l’Homme


 BILLET |    Modéré ? Moi, jamais !


 MÉDITER |    Aimer toute la création


 CAHIER | De l’animal à l’Homme   Quel est le propre de l’Homme ?

   De l’animal à l’Homme


 VIVRE |    Insouci


 REPENSER |    Le sacrifice


 COMMENTER |    Entre liberté et mainmise, l’épisode du veau d’or


 REGARDER |    Mondes parallèles


 DÉBATTRE |    Le transhumanisme


 RETROUVER |    Frank Martin, compositeur « protestant »


 RÉSONNER |    David Lynch

 
 
 

  La fiche auteur de Renée Piettre

  La fiche auteur de Vincent Schmid

  Sur le même thème : transhumanisme - robot. - cryogénisation - Auguste Comte

 
Evangile et liberté
 DÉBATTRE   par Renée Piettre et Vincent Schmid 

Le cahier de Vincent Schmid sur le transhumanisme a fait réagir beaucoup de nos lecteurs. Voici un de ces messages, qui critique ce texte avec véhémence, et une réponse apportée par l’auteur.

 

Le transhumanisme

 

Ah ! bien sûr, les nanotechnologies existent et nous envahissent, de même que les caméras miniatures et Big Brother. Bien sûr, la technologie médicale produit d’étonnantes survies artificielles, à coût d’ailleurs prohibitif. Bien sûr, « nous » allons pouvoir produire des bébés éprouvette. Et alors ? Pauvres bébés, pauvres perfusés. Un milliardaire américain avait consacré sa fortune à la cryogénisation de son propre cadavre, dans l’espoir que la science permettrait sa résurrection : l’entreprise de cryogénisation a déposé son bilan, et voilà le corps dégelé, bon à jeter... Ceaucescu avait eu l’idée d’élever un peuple nouveau en prélevant dans les familles les enfants surnuméraires : après sa mort, on a découvert des orphelinats-mouroirs. On juge aujourd’hui le boucher de Phnom Penh : qu’avait-il voulu faire, cet homme de foi et de bonne foi, et qui ne se refusait pas au travail ? Changer l’humanité, tout simplement. La purifier, l’améliorer. Nous connaissons le résultat.
  Et pendant que nous nous glorifions de nos puces, un milliard d’hommes meurent de faim dans l’indifférence, et la plus grande partie de l’humanité n’a nulle part aux savoirs de la bulle Internet. [...] Au mieux, les paysans afghans seront encore dans leurs montagnes, à pousser leurs ânes dans la transhumance, quand le transhumain aura depuis longtemps fondu dans sa graisse.
  Au fond, où est le problème ? Le transhumain est un autre nom du surhomme – vieille lune, comme chacun sait. Or, que serait un homme meilleur, capable de se dépasser lui-même ? À quoi mesure-t-on l’excellence humaine ? À la capacité d’autonomie, de discernement et d’amour. Et dans la reconnaissance de sa finitude, dans le savoir mourir. L’autonomie, le discernement, l’amour, supposent non pas des émotions régulées, mais bien cet excès de l’émotion qui provoque la colère ou qui nous porte vers autrui et nous permet d’accepter la mort pour laisser place à nos enfants. « Cet homme et cette femme accomplis », « nous » ne les créerons pas. Ils se réformeront eux-mêmes, si Dieu veut, à travers les difficultés de l’existence, parce qu’ils ont été aimés de leurs parents. Ils se sont édifiés déjà, des millions de fois à travers les âges. Ils jugent avec pitié les « proactifs », ces nains qui se croient autorisés à réécrire la Bible et auront bientôt changé Dieu en robot.

Renée Piettre, Chatenay-Malabry

Je ne suis pas un disciple d’Auguste Comte et je ne crois pas avoir écrit un texte « scientiste » ! Mais je suis frappé de constater les retombées sans cesse grandissantes des sciences dans tous les secteurs de la vie quotidienne et j’ai le souci de confronter ce quotidien, inédit dans l’histoire, à la réf lexion théologique. C’est un fait incontournable que la science appartient au destin de l’humanité et désormais façonne de plus en plus ce destin. Nous surmonterons les graves problèmes qui se posent à nous (réchauffement climatique, malnutrition, pandémies virales, etc.) par plus de science et non par moins de science. Alors Dieu, dans tout ça ?
  Le transhumanisme a le mérite de poser la question des possibles de l’humain. Cette question croise la ligne du messianisme biblique, pour lequel il s’agit d’inventer l’humain à l’image de Celui qui n’a pas d’image. La tâche théologique (et pastorale !) consiste dès lors dans l’accompagnement des mutations anthropologiques en cours – qui sont tellement énormes que nous avons de la peine à les penser – en énonçant une parole qui redessine l’horizon de la transcendance et renouvelle l’alliance de Vie.
  Pour cela, il ne faut évidemment pas « réécrire » la Bible (le texte est le texte une fois pour toutes) mais il faut la réinterpréter. Le texte n’est rien sans son interprétation et chaque époque exige une interprétation adaptée. Le renouvellement du sens se love toujours dans les paroles anciennes.
  Quant à la science-fiction, dont j’avoue être un amateur invétéré, elle mérite mieux que de la condescendance. Relisez Jules Verne ou Hergé… ce n’était pas si mal vu, non ?

Vincent Schmid

 

Renée Piettre et Vincent Schmid

 

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