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n°208 | Avril 2007
  CAHIER | par Florence Taubmann La spécificité du dialogue judéo-chrétien dans le dialogue interreligieux

 ÉDITORIAL |    Personne ne détient les clés du bonheur !


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   La spécificité du dialogue judéo-chrétien dans le dialogue interreligieux


 COMMENTER |    Les ressuscités d'Emmaüs (Luc 24, 13-33)


 RACONTER |    Le testament de Dieu


 RÉAGIR |    Le confessionnal et l'isoloir


 RÉSONNER |    La Cène de Bernard Buffet, entre le tribunal et la grâce

 
 
 

  La fiche auteur de Henri Persoz

  Sur le même thème : Les ressuscités d'Emmaüs - Ressuscité

 
Evangile et liberté
 COMMENTER   par Henri Persoz 

Les traductions de la Bible font une distinction entre ceux qui se lèvent et ceux qui ressuscitent, alors que le verbe grec est le même. Jusqu’où ont-elles raison ?

 

Les ressuscités d'Emmaüs (Luc 24, 13-33)

 

Les évangiles marquent un certain embarras pour expliquer la résurrection. On le serait à moins. Comment expliquer que l’on puisse être mort et vivant à la fois ? Le genre littéraire utilisé est celui des apparitions. Elles se placent au-delà de l’histoire, dans un monde qui force la réalité, pour mieux communiquer des impressions fortes ; de la même façon que les peintres impressionnistes forçaient la réalité des couleurs et des formes pour mieux exprimer des vérités ultimes, que la simple description de ce qu’ils avaient vu serait incapable de signifier.

Cette rencontre sur le chemin d’Emmaüs témoigne d’un perpétuel quiproquo entre Jésus et ses deux compagnons de route. Lorsque Jésus parle, ses compagnons ne le reconnaissent pas, et lorsqu’ils le reconnaissent il a déjà disparu. Le Ressuscité se situe entre la présence et l’absence, dans une rencontre irréelle qui se conclut par un repas manqué, puisque tous les convives quittent la table les uns après les autres avant même d’avoir commencé à manger. Présence insaisissable du Ressuscité, utilisée par Luc pour signifier le paradoxe de cet homme qui est mort, mais qui rencontre toujours les siens.

Sur la route, les deux disciples se perdent dans des explications sur un tombeau, sur des gens qui y sont allés et n’ont pas vu le corps, comme les compagnons de route ne voient pas le Maître en ce moment. Personne ne voit rien dans cette histoire. Jésus, toujours incognito, les rabroue vivement en leur expliquant qu’ils ne trouveront pas leur Jésus dans un tombeau, mais dans l’Écriture et dans les paroles des prophètes. Ces paroles qui réclament inlassablement la justice dans la vie sociale et la protection des personnes « en difficulté ». Nous voyons bien d’ici Jésus leur dire : « Ayez d’abord le cœur et l’intelligence pour comprendre dans quelle tradition prophétique votre Messie s’insère, et vous verrez alors que vos histoires de tombeau sont dérisoires ». Les compagnons ne saisissent toujours pas bien, mais sont suffisamment intrigués pour retenir cet étrange personnage à dîner.

Jésus n’est vraiment reconnu qu’en rompant le pain, tellement les disciples l’avaient vu souvent faire ce geste auparavant. Sitôt reconnu, sitôt disparu, avant même d’avoir mangé le pain. Le Jésus qui leur reste est dans la mémoire de cette Écriture qui leur fut enseignée en chemin et dans cet exemple du pain partagé.

Au même instant les deux disciples « se relèvent ». Le verbe employé (anisthémi) est le même que celui traduit habituellement pas « ressusciter ». Les disciples sont donc suscités à nouveau par cette rencontre, remplis d’une force nouvelle qui les fait changer de plan, renoncer à leur repas et refaire, le ventre creux, la longue route vers Jérusalem pour annoncer la bonne nouvelle : « Jésus nous a parlé en chemin, il nous a expliqué l’Écriture. »

Les disciples sont ressuscités d’avoir compris l’Écriture. Jésus est ressuscité de l’avoir expliquée. Il n’est plus dans la mort du tombeau, mais sur la route qui ouvre à cette mémoire écrite récapitulant la sagesse des anciens et le besoin de l’amour.

Si vous cherchez à me voir, dit le Jésus de Luc, dans un tombeau, ou le long d’une route, ou autour d’une table, vous ne me verrez pas. Si vous croyez me voir, ce n’est déjà plus moi. Car je ne suis plus que Parole, Verbe de Dieu, Esprit saint.

 

Henri Persoz

 

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