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n°236 | Février 2010
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 RÉSONNER |    Un coup de coeur : Les déferlantes

 
 
 

  La fiche auteur de Odile Chardenot-Fradin

  Sur le même thème : livre - 525 pages - Claudie Gallay

 
Evangile et liberté
 RÉSONNER   par Odile Chardenot-Fradin 

Ne prêtez pas les livres que vous avez aimés : offrez-les !

 

Un coup de coeur : Les déferlantes

 

En le refermant, j’ai eu du mal à passer à autre chose. Sentiment difficile à expliquer, entre désespoir d’avoir tourné la dernière page, besoin de temps pour amortir le choc produit par les mots et impossibilité d’attaquer une autre lecture.

  D’abord, le livre est un bel objet : l’impression est confortable, le texte aéré et le papier agréable. La petite photo d’un phare allumé sur une mer par temps couvert se détache en haut de la couverture blanche.
  Et puis l’écriture est sobre, réservée et malgré la taille, 525 pages, l’auteure suggère plus qu’elle ne décrit par le détail. J’ai une prédilection pour les écrivains qui laissent une part de mystère et d’inachevé dans leur écrit.

  Dans ce Claudie Gallay-là, derrière la rudesse et le silence des personnages se cachent la violence des sentiments et une sensibilité exacerbée. La mer cruelle, l’amour exigeant, les secrets familiaux destructeurs, les choix impossibles car mutilants et les êtres défigurés ou magnifiés par la vie : tous les ingrédients d’un roman exceptionnel sont là.

  Habituées du salon du livre pour la jeunesse, ma fille et moi avions décidé d’aller chez les grands cette année et de nous risquer au « vrai » salon du livre à Paris. L’espace est plus grand qu’à Montreuil, moins coloré et peu illustré, traversé par des caméras qui suivent une célébrité. Au détour d’une allée, je repère une pile de livres Les déferlantes. Mon coeur s’arrête à l’idée de découvrir le visage de l’auteur dont j’ignore tout. Va-telle correspondre à son livre ?

  Une femme parle avec un homme. Son apparence est douce, voire fragile. Je capte des propos inquiets sur la reconnaissance de son oeuvre. J’ose m’approcher d’elle. D’habitude, j’évite de parler aux auteurs ou aux célébrités de peur de tenir des propos insipides du type : « J’aime beaucoup ce que vous faites. » Mais cette foisci, j’y vais. Après avoir vérifié son identité, je m’entends dire : « C’est ce que j’ai lu de plus beau ces derniers temps. » Avec un magnifique sourire, elle me répond « merci ». Alors que je fuyais d’avoir eu l’audace de l’approcher, je l’ai entendue me répéter « merci, merci ». Je suis rassurée, Les déferlantes sont à son image.

  J’ai tendance à vouloir prêter les livres que j’ai aimés. Généralement, je le regrette après, car je vis mal cette séparation. Ce Claudie Gallay n’a pas bougé de l’étagère. Je le regarde du coin de l’oeil, avec son phare. Il est là, je suis rassurée. J’ai volontairement évité d’en faire la promotion autour de moi. Imaginez : il pourrait me revenir abîmé ou pire, ne pas me revenir du tout. J’ai déjà vécu cette situation : je n’ai pu racheter qu’une nouvelle édition, avec une couverture différente de l’original et pour tout dire, moche. L’horreur !

  Les lecteurs sont probablement aussi bizarres que les auteurs.

  Un conseil : offrez les livres que vous avez aimés, ne les prêtez jamais !

 

 NOTES :
Claudie Gallay, Les déferlantes, Rodez, Éditions du Rouergue, 525 pages.



Odile Chardenot-Fradin

 

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