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n°235 | Janvier 2010
  CAHIER | par Louis Pernot Le christianisme face à la modernité

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  La fiche auteur de Henri Persoz

  Sur le même thème : héritier - lignée - bizarre

 
Evangile et liberté
 COMMENTER   par Henri Persoz 

Mais quelle est donc l’utilité de toute cette ennuyeuse généalogie ? Surtout qu’elle aboutit à Joseph qui ne serait même pas le père de Jésus ! Nous tentons ici de trouver quelques réponses.

 

Jésus, héritier d’une lignée un peu bizarre

Matthieu 1,1-17

 

Nous avons rappelé, dans le « commenter » de novembre, l’importance et le rôle des généalogies en Israël. Elles veulent montrer que leur héritier appartient pleinement au peuple élu et qu’il n’est pas contaminé par du sang étranger. C’est ainsi que Matthieu présente une généalogie très complète de Jésus, remontant jusqu’à Abraham, en passant par David et d’autres personnages clef de l’histoire d’Israël. Quoi de plus glorieux ? Jésus n’est pas descendu du ciel, mais il est enraciné dans son peuple, homme et fils d’homme.  
  Nous avons l’impression, à lire toutes les généalogies bibliques, que la filiation est une affaire d’hommes, qui s’engendrent les uns les autres, sans avoir besoin de femmes. Cependant Matthieu sort de ces habitudes en citant cinq femmes perdues au milieu d’une quarantaine d’hommes. Mais que viennent-elles faire dans ce monde très masculin ? Quel clin d’oeil veut nous faire Matthieu ?  
  Passons ces femmes rapidement en revue :  
  Thamar
, la belle-fille de Judas (fils de Jacob) n’a pas pu avoir de fils de ses deux maris successifs, tous deux fils de Judas, car ils sont morts trop vite, sans lui laisser d’enfant. Aussi se déguise-t-elle en prostituée pour séduire Judas et obtenir, de cette façon, une descendance. Rahab est une vraie prostituée, cananéenne de surcroît. Ruth la Moabite parvient à séduire Booz, mais c’est encore une étrangère venue tacher la pureté du sang reliant Jésus aux Patriarches. Bethsabée nous rappelle le crime de David qui fit exécuter son mari, Urie, pour posséder plus tranquillement sa femme. Et enfin Marie, la mère de Jésus. Mais c’est Joseph, son fiancé, qui est le maillon de la généalogie. Alors ? Si Joseph n’est pas le père de Jésus, cette généalogie n’a plus de sens.  
  Que de bizarreries et de comp or tements condamnables dans cette généalogie. Elle devait montrer la pureté de l’ascendance du Messie. Elle nous montre un homme au départ bien ordinaire, comme vous et moi, né du hasard des circonstances, de l’infidélité des hommes et du pouvoir de séduction des femmes.  
  À moins que justement cette hérédité un peu chargée veuille nous montrer un homme tout à fait inattendu, qui n’a rien à faire d’une pureté toute conventionnelle, d’une haute naissance, d’une généalogie sans péché. Cet homme inattendu se mêle aux étrangers par ses ancêtres, et par là s’ouvre aux nations ; il a de la considération pour les femmes de mauvaise vie ; il a dans ces ancêtres des assassins et d’autres personnages encore, plus ou moins louches, qui se cachent derrière ces noms anonymes. Toute une cohorte de gens déjà exclus dont Jésus hérite. Avant même de naître, le Messie annonce comment sera sa vie : une récupération patiente des hors-la-loi et des condamnés de la terre, qui ont autant droit de cité que les gens convenables.  
  Il semblerait que Jésus n’ait pas eu d’enfants ; de sorte que cette longue lignée s’arrête brutalement. Depuis Abraham elle avait réussi à traverser les siècles, malgré les chaos de l’histoire. Et puis plus rien. La suite des personnalités qui avaient forgé le peuple élu s’arrête, la chaîne est brisée. Ou plutôt elle se prolonge autrement, avec la Parole qui est venue jusqu’à nous et qui a traversé d’autres siècles, de façon aussi miraculeuse, sinon plus. La généalogie descendante du Messie n’est plus charnelle mais spirituelle. Comme l’a écrit l’apôtre Paul : « L’homme semé corps animal, ressuscite corps spirituel… Le premier homme vient de la terre mais le deuxième homme vient du ciel. » Et en un sens Noël est le passage de cette chaîne d’hommes, qui s’engendrent les uns les autres, à une Parole qui se transmet depuis des milliers d’années, de génération en génération, et qui proclame, avec l’armée céleste de Luc :  
  Gloire à Dieu au plus haut des cieux
  Et paix sur la terre aux hommes ses bien aimés.

 

Henri Persoz

 

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