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n°222 | Octobre 2008
  CAHIER | par Bernard Reymond Le protestantisme et le cinéma

 ÉDITORIAL |    Transmettre


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Miracle


 QUESTIONNER |    Protestantisme libéral et christianisme social


 CAHIER | Le protestantisme et le cinéma   Introduction : Cinéma

   Le protestantisme et le cinéma


 RÉAGIR |    Un air de « Déjà vu »


 SERIE : MANGER |    1. « Donnez-leur vous-mêmes à manger »


 BILLET |    Consommation et indigestion


 MÉDITER |    Servir


 VIVRE |    Un instant de beauté


 REPENSER |    Les « traces du sacré » dans notre monde


 RETROUVER |    Napoléon Peyrat,


 VISITER |    À propos du désert, lieu de ressourcement


 DÉBATTRE |    À toi le règne…


 COMMENTER |    Le Royaume intérieur

 
 
 

  La fiche auteur de Jean Beauté

  Sur le même thème : À toi le règne… - la doxologie

 
Evangile et liberté
 DÉBATTRE   par Jean Beauté 

Un de nos fidèles lecteurs nous a envoyé ce texte dans lequel il explicite le malaise qu’il ressent lorsqu’il entend la doxologie, à la fin du « Notre Père ».

 

À toi le règne…

 

   Il n’est pas rare que les paroles liturgiques nous interpellent. Je ne peux entendre À toi le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles sans un sentiment de malaise.

   Les mots humains, trop humains, sont souvent inadéquats pour parler de Dieu. J’ai du mal à l’imaginer comme une sorte de super puissance qui viendrait dominer nos puissances humaines. D’ailleurs dire Je crois en Dieu le Père tout puissant me gêne aussi. Qu’est-ce que la puissance de Dieu ? On invoque généralement la puissance créatrice, sans s’interroger sur ce que peut être la création. Dieu n’est pas un fabricant. Créer n’est pas fabriquer. D’ailleurs parler de création au passé me semble aussi un contresens.
   Une image, qui ne vaut que ce qu’elle vaut, pourrait rendre compte de ce qu’est la création. Un fleuve a besoin d’une source. Tant qu’elle coule, le fleuve peut s’épanouir. Si la source se tarit, le fleuve se dessèche. Admettons que Dieu soit la source. Il n’est pas responsable des accidents de terrains, de la nature des roches et de tout ce qui peut faire varier le cours du fleuve (pas d’intervention directe). Mais si la source ne donne plus d’eau, c’est la fin du fleuve. En ce sens Dieu n’a pas créé, il crée en permanence. Sa puissance n’est pas de forcer le cours du fleuve, mais de continuer à distribuer ce qui permet au fleuve d’exister.
   Image approximative, mais je n’en ai pas trouvé d’autre. Elle permet simplement de ne pas situer Dieu au commencement, mais dans la permanence, d’évacuer la puissance au sens de domination, mais d’en faire une persistance dans le don et dans l’amour.

   Le règne ? Dieu ne règne pas comme nous l’imaginons d’un roi humain. Il se manifeste d’abord par son absence. Quelqu’un disait que sa puissance est comparable à la puissance de la mer qui se retire pour laisser émerger les continents. Un père n’est père que lorsqu’il laisse ses enfants suivre leurs voies. Sinon, c’est un horrible castrateur. J’ai toujours été choqué par la pratique de certains pères qui imposent à leurs fils une destinée dont ils ne veulent pas forcément. Dans l’Évangile, le fils prodigue échappe à la tutelle de son père et mène la vie dont il rêve. Nulle condamnation ! C’est le fils trop docile qui est relégué au second plan. Mais le règne dont il est question (Allez, de toutes les nations faites des disciples, Mt 28,19) nous interpelle. Nous avons un rôle à jouer. Mais je n’imagine rien de spectaculaire : c’est le convertissez-vous qui nous concerne, nous. Nous n’avons jamais fini de nous convertir et le Règne doit s’entendre aussi comme notre adhésion à la Foi en Christ, adhésion qui, en nous-mêmes, n’est jamais totale.
   La gloire ? Là encore, il convient de nous défaire des représentations humaines. Dieu n’a aucun besoin d’une gloire au sens où les grandes vedettes sont célébrées par les médias. Aucun triomphalisme chez Dieu. Au contraire. Élie veut faire éclater la gloire de Dieu au Carmel. Effectivement, il est exaucé et le bûcher est enflammé. Mais ensuite Élie est seul à l’Horeb et Dieu se manifeste à lui dans le bruissement d’un souffle ténu. Telle est la vraie gloire de Dieu.

   Nous ne comprendrons jamais rien aux paroles de la liturgie tant que nous ne renverserons pas le sens trop humain des termes qui tentent de définir Dieu. Le règne, il n’est pas de ce monde, il est déjà là, au-delà de l’espace et du temps. La puissance, c’est d’abord une certaine absence qui permet à l’homme de trouver sa place. La gloire, c’est le souffle ténu qu’il faut entendre avec une oreille bien attentive. Rien de ce qui frappe les foules d’étonnement.

   C’est, entre autres choses, la raison qui me fait croire malgré les miracles, comme disait Teilhard de Chardin.

 

Jean Beauté

 

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