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| REPENSER |
par
Laurent Gagnebin |
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À propos de la naissance virginale de Jésus, Laurent Gagnebin explicite
la différence entre la nécessaire démythologisation des textes
bibliques et la démythisation qui voudrait expurger la Bible.
La naissance virginale
Il ne faut pas confondre la naissance virginale de Jésus avec le dogme de l’Immaculée conception promulgué par le pape Pie IX en 1854. Ce dogme concerne la naissance de Marie, et non pas celle de Jésus. Elle aurait miraculeusement échappé au péché originel. Les protestants le refusent dans la mesure où il n’a pas de fondement biblique.
On lit le récit de la naissance virginale de Jésus dans les évangiles de Matthieu (1,18-25) et Luc (1,26-38) alors que Marc et Jean, ainsi que Paul dans ses Épîtres, n’en parlent pas. Cette absence n’indique-t-elle pas le caractère secondaire de cette naissance virginale ? Il ne viendrait en effet à l’idée de personne de prétendre que le deuxième et le quatrième évangile sont, à cause de ce silence, incomplets.
On peut regretter que la naissance virginale soit alors devenue une donnée essentielle de tant de confessions de foi. En fait, n’y pas croire n’entame en rien une foi dans sa plénitude. On peut voir dans la naissance virginale de Jésus un mythe. Dire cela, c’est reconnaître son caractère légendaire. Certains voudront peut-être retrancher de tels textes de la Bible. Il s’agira donc de démythiser ou démythifier ces pages des évangiles dans la mesure où elles contrarient notre raison et ne correspondent pas à notre manière historique et scientifique de voir la réalité aujourd’hui. On cherchera ainsi, dans une entreprise clairement réductrice, à expurger la Bible, à la censurer au nom de la raison. Une telle opération va concerner d’innombrables autres pages des Écritures. On sera vite conduit à procéder par là à une sorte de massacre à la tronçonneuse.
Une autre solution, sans contester le caractère légendaire des récits de la naissance virginale, y verra une manière symbolique de dire une vérité qui dépasse le simple entendement. Il ne s’agira pas de démythiser ces textes, mais de les démythologiser. Qu’est-ce à dire ? On gardera de telles pages, mais en s’efforçant de considérer non seulement ce qu’elles disent, mais bien ce qu’elles veulent dire. On entrera dans l’ordre du sens, dans celui de leur signification. Là est l’essentiel. Les fables de La Fontaine sont-elles à mettre au rebut sous prétexte que le loup ne parle pas à l’agneau ni un renard à une cigogne ou un lièvre à une tortue ? Là aussi, le lecteur procède à une lecture avec laquelle il cherche non pas tant ce que le texte dit que ce qu’il veut dire et nous dire.
Démythologiser consistera surtout à se demander comment un récit biblique, celui de la naissance virginale en l’occurrence, peut me faire entendre, par-delà une écriture humaine, une parole de Dieu qui m’interpelle dans la foi, dans ma foi. Cette interpellation prise au sérieux correspond à ce que l’on appelle parfois une lecture existentiale. C’est toute la Bible qu’il convient de lire ainsi, sans en rien retrancher, mais en y écoutant une interpellation qui met en jeu le sens de mon existence. Toute entreprise de démythologisation prétend ainsi aller à l’essentiel et se veut positive.
La virginité mariale aurait pu être, en son temps, vérifiée. Si elle constitue, par exemple, une preuve de la divinité du Christ, cette dernière ne peut plus être crue, puisqu’elle est démontrée. Mais nous savons bien que ce passage biblique n’a rien à voir avec une question de gynécologie. Il veut me dire – tel est son sens et son interpellation – que Jésus (« conçu du saint-Esprit ») vient de Dieu, est un envoyé de Dieu. Et cela, je ne peux que le croire ou ne pas le croire. La question m’est alors posée : Jésus est-il en effet pour moi un prophète, c’està- dire celui qui me fait entendre une parole de Dieu, la Parole de Dieu par excellence ? Cela, qui peut être vrai pour moi, au coeur de ma foi, n’appartient pas à l’ordre du rationnel, de l’historicité et de l’objectivable, mais bien à celui du symbole. Ce dernier, avec un langage souvent poétique, m’ouvre à une dimension qui me dépasse, à une dimension divine reliant le Ciel et la terre, exprimant ainsi à Noël une rencontre divinohumaine. * L. G.
Laurent Gagnebin
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