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n°211 | Août-Septembre 2007
  CAHIER | par Marie-Noële Duchêne et Jean-Luc Duchêne Introduction : Les miracles

 ÉDITORIAL |    Argent


 QUESTIONNER |    L’autorité de l’Église dans une Europe multiculturelle


 DÉBATTRE |    Que reste-t-il du christianisme ?


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Vocation


  SÉRIE : L'AUTORITÉ |    4. L’autorité dans l’Église


 BILLET |    « Évangile et liberté », mon chien et mon chat


 MÉDITER |    Confession de foi Remonstrante de 2006


 CAHIER | Les miracles de Jésus-Christ   Introduction : Les miracles

   Les miracles de Jésus-Christ


 VIVRE |    Les pains au chocolat


 COMMENTER |    De la moutarde, pour quoi faire ?


 RETROUVER |    Les Remonstrants


 JOUER |    Rugby, coupe du monde


 RÉSONNER |    De l’autre côté (Auf der anderen Seite)

 
 
 

  La fiche auteur de Pierre Nambot

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Evangile et liberté
 RÉSONNER   par Pierre Nambot 

Pierre Nambot écrit des critiques de film pour notre site www.evangile-et-liberte.net, et pour notre journal. Il a participé au jury du Prix œcuménique du festival de Cannes. Il estime que le film « De l’autre côté », qui a remporté le prix cette année, est un chef-d’oeuvre.

 

De l’autre côté (Auf der anderen Seite)

Prix du jury œcuménique, Festival de Cannes 2007

 

J’ai eu le privilège et la joie de participer au jury international qui, au festival de Cannes, décerne chaque année le Prix œcuménique. Ce jury, composé de six membres catholiques et protestants originaires d’Allemagne, de France, de Hongkong, d’Italie et de Suisse, a retenu pour cette récompense 2007 le film De l’autre côté qui faisait partie de la sélection officielle du Festival.

Fatih Akin, réalisateur allemand d’origine turque, a élaboré un scénario complexe mais bien construit, qui met en scène deux familles et six personnages aux destins entrelacés. Ainsi, un Turc originaire des rivages de la mer Noire enseigne la langue allemande à Brème, une étudiante, dont la mère vit à Brème, se soulève contre le régime en Turquie... Beaucoup d’actes manqués, de retrouvailles impossibles, de révélations tardives, d’accidents, jalonnent ces vies. Un véritable chassé-croisé des personnages et des situations s’établit entre l’Allemagne et la Turquie. Dans le cadre de cette fiction, le cinéaste maîtrise les caractéristiques politiques, humaines et psychologiques qui conditionnent l’existence : l’absence d’une mère, d’un père et le besoin de filiation, le ressentiment et l’amour, la haine et le pardon.

Fatih Akin s’adonne à un véritable métissage des cultures. Avec sa force émotionnelle, son humanisme exacerbé, sa volonté de combattre les préjugés, il fait évoluer ses personnages – l’intellectuel solitaire, le macho traditionnel, la progressiste méfiante, la fervente combattante, l’utopiste occidentale et la prostituée paumée – vers des conceptions plus ouvertes, plus nuancées leur permettant de sortir de leurs impasses et d’accéder à une forme de sérénité.

Ce changement individuel se heurte malgré tout aux contraintes de la société et rend le devenir incertain peut-être même illusoire. Le seul espoir semble résider dans l’acceptation de l’étranger, de l’Autre, ainsi perdre quelqu’un c’est aussi trouver quelqu’un d’autre. Il ne s’agit pas d’un simple substitut, mais d’une situation symbolique : le transfert se produit par des objets (un livre permet au père de se rapprocher de son fils), par un lieu (les rivages de la mer Noire représentent la paix intérieure), par la mort (avec la mère de sa petite amie un des personnages retrouve ce qui a disparu avec la mort de sa propre mère).

Akin insère son histoire dans un cadre politique où la Turquie et l’Allemagne ont une histoire commune d’amour et de répulsion. Les relations humaines et les opinions de chacun, sont subies, souvent dépendantes d’un contexte plus général qui influe sur la justice et les idéaux. Il en ressort autant de conceptions personnelles de la foi que de protagonistes, ce qui suscite la méfiance entre les gens.

Le réalisateur nous dit avec force que, lorsque les hommes ouvrent leur cœur, échangent, arrivent à se comprendre, leurs obsessions s’effacent. Compte tenu des cultures et des croyances, des sacrifices s’imposent, il faut du temps et de la distance pour que le dialogue, le pardon et l’amour s’instaurent. Nous devons passer de « l’autre côté » par rapport à nous-mêmes, effectuer un déplacement au sens propre et au sens figuré.

Il s’agit d’un chef-d’œuvre qui répond parfaitement à l’esprit du jury œcuménique. Je suis très heureux que nous lui ayons attribué ce prix et que le lendemain, dans le cadre de la compétition officielle, il ait reçu le prix du meilleur scénario.

 

 NOTES :
 De l’autre côté (Auf der anderen Seite)
Film réalisé par Fatih Akin (turc né en Allemagne), avec Baki Davrak, Patrycia Ziolkowska, Hanna Schygulla. Durée : 2 h 02.



Pierre Nambot

 

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