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n°225 | Janvier 2009
  CAHIER | par Bernard Cottret Le malheur de Calvin

 ÉDITORIAL |    Nous sommes aussi piétistes !


 QUESTIONNER |    La Bible au risque de la lecture


 AGIR |    La domiciliation


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Liturgie


 SERIE : MANGER |    4. Manger : « une effroyable nécessité »


 MESSAGE |    Lucidité, espérance, fraternité pour 2009


 MÉDITER |    Vers un avenir nouveau


 CAHIER | Le malheur de Calvin   Introduction : 2009, année Calvin

   Le malheur de Calvin

   Le traité des reliques


 RÉAGIR |    Économie et bonheur face à l’Évangile


 COMMENTER |    Un quart d’heure avant sa mort, il était encore vivant


 S'UNIR |    Évangile et liberté et Le Protestant


 RENCONTRER |    Survivre à Dachau


 NOTRE SLOGAN |    Penser et croire en toute liberté

 
 
 

  La fiche auteur de Vincens Hubac

  Sur le même thème : La domiciliation - Vitale pour l’humain

 
Evangile et liberté
 AGIR   par Vincens Hubac 

Vitale pour l’humain, la domiciliation offre sécurité, visibilité et sociabilité. Pour les plus démunis, avoir une adresse postale, c’est déjà appartenir au corps social. Quand une simple boîte à lettres devient une porte ouverte sur le monde…

 

La domiciliation

 

photo Xavier Marchand © Fotolia

 Paradoxe pour les chrétiens : l’errance est marquée dans la Bible comme une manière d’être qui n’hypothèque en rien la relation privilégiée que Dieu tisse avec nous, et donne du sens à la vie, de l’identité. Mais aujourd’hui, nous savons que, dans nos cités, l’errance est fatale : pas de domicile et c’est l’exclusion qui guette le malheureux « S D F », Sans Domicile Fixe.
 L’homme a une double domiciliation en fait. Son pouvoir d’abstraction, d’imagination et les questions essentielles qu’il pose le conduisent à s’enraciner : en Dieu pour ceux qui suivent une religion ou vivent de spiritualité ; par un idéal philosophique ou politique, l’engagement social ou l’expression artistique pour d’autres. Ce type d’enracinement, de domiciliation, fait la grandeur, la spécificité et la beauté de l’humain. La qualité de cette identité, faite de liberté intérieure, permet de dépasser toutes les formes d’épreuves qui se présentent. Là aussi se puise sans doute la qualité essentielle de l’être humain qui est d’aimer, de contempler et de vivre la solidarité. C’est dans cette domiciliation spirituelle et humaine que la mort est dépassée dans la plénitude et l’éternité.
 Mais, sans enracinement dans la culture et l’histoire, l’errance spirituelle, la recherche du sens de la vie peuvent se perdre dans un fantasme dangereux pour l’individu en risquant de l’isoler. Aussi une domiciliation terrestre, fût-elle une tente de nomade, est une nécessité pour l’équilibre physique et psychique de l’individu. La domiciliation terrestre permet une visibilité. On sait où être rejoint, atteint. À partir de là peut se créer un faisceau de relations sociales, de liens. Domicilié, l’homme existe pour lui et pour les autres. Ladomiciliation, c’est un refuge, même si elle est succincte, comme une simple boîte à lettres…
 La domiciliation, c’est aussi la possibilité indispensable aujourd’hui d’un lien avec l’administration. Dans un pays comme le nôtre, une domiciliation est donc un enjeu fondamental : Assedic, Sécurité sociale, convocations diverses, réception de revenus, etc. dépendent de ce lieu. Dans bien des cas, la domiciliation conditionne l’accès à l’emploi et donc favorise l’insertion de toute personne dans la société.
 À travers ces quelques lignes on mesure l’importance de la domiciliation. Que faire ? Nous avons rarement les moyens d’accueillir une ou plusieurs personnes dans nos murs en dehors de situations exceptionnelles comme des grands froids d’hiver ou une menace physique qui pèse sur quelqu’un nécessitant une mesure d’urgence. En revanche, offrir la possibilité d’avoir une adresse est plus à la portée de beaucoup d’associations et diaconats : une simple boîte à lettres suffit… Cette domiciliation peut en rester là et remplir son rôle, mais il est plus intéressant de rencontrer les gens qui viennent relever leur courrier en imposant des horaires, de telle sorte qu’on puisse les accueillir en leur offrant une collation permettant de discuter, d’écouter et aussi de conseiller quand on peut le faire. Ainsi peut se recréer du lien, de la dignité et aussi peut s’effectuer un vrai travail d’accompagnement.
 Domicilier quelqu’un c’est souvent simple et très efficace. Cette domiciliation, qui peut conduire un individu à se reconstruire, peut également lui permettre ces autres domiciliations plus personnelles, spirituelles et idéologiques qui font que quelqu’un est avant tout un être humain.

 

Vincens Hubac

 

  La fiche auteur de Vincens Hubac

 
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