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Le sociologue, prêtre, et écrivain camerounais, Jean-Marc Ela, fut le porte parole de « l’Afrique des petits » et une figure majeure de la théologie
africaine. Raphaël Amos Ngoua qui l’a bien connu lui rend hommage.
Jean-Marc Ela
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Au début des années 90, étant étudiant à la faculté des sciences de l’université de Yaoundé, où nous vivions des moments de désespérance généralisée, un camarade m’entraîna un soir à la chapelle de Melen où j’entendis pour la première fois cette voix au cours d’un sermon qui portait sur le cantique de Marie. Malgré mes réticences d’évangélique je fus subjugué par ce prêtre qui savait mettre en phase nos problèmes existentiels avec l’Évangile de Jésus- Christ. Je rentrai ce soir-là chez moi pauvre mais décidé à agir.
Ce fut dorénavant le lieu de rencontre de plusieurs étudiants de toutes obédiences, qui venaient écouter « Monsieur l’Abbé », devenu pour nous une sorte de figure prophétique, porteuse d’espoir.
Cette voix s’est éteinte à Montréal (Canada) le 25 décembre 2008 à l’âge de 72 ans.
Titulaire de trois doctorats (Anthropologie – Théologie – Sociologie) obtenus à Strasbourg et à la Sorbonne, Jean-Marc Ela nous laisse une oeuvre bibliographique immense avec plus d’une vingtaine de livres traduits en plusieurs langues. On peut citer les plus emblématiques : Ma foi d’africain (Karthala, 1985), ou encore :Repenser la théologie africaine : Le Dieu qui libère (L’Harmattan, 2003) ; il a aussi écrit plus de deux cents articles dans des revues scientifiques les plus cotées. La pertinence de sa pensée dans la problématique de la libération de l’homme africain se dégage dans ses écrits et toujours avec ce souci d’« essayer de démontrer que la révélation de Dieu en Jésus-Christ trouve sa pleine signification en Afrique lorsque l’Église fait mémoire d’un Évangile de libération : tel est le but principal de notre réflexion ».
Je voudrais ici rendre hommage à cet intellectuel qui s’est engagé pour la libération de ses frères de ce qu’il appelait la « paupérisation anthropologique ». C’est ainsi qu’il a eu le courage d’aller vers les plus pauvres, d’accomplir un ministère d’une quinzaine d’années dans ce qu’il appelait la « pastorale des mains sales », qui consistait selon lui à « faire surgir des communautés de foi, là où l’homme s’approprie l’Évangile dans la solidarité avec les pauvres ». Mais en même temps il s’est toujours interrogé sur le devenir de l’africain dans un monde en mutation permanente, lui qui se qualifiait comme « une conscience aiguë de ce que représente la situation de nos sociétés » ; c’est ainsi qu’avec Ka-Mana il a inventé la théologie de reconstruction qui vient à la suite de la théologie de la libération et de la théologie de l’inculturation, qui permettra à l’africain de construire son identité.
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