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n°212 | Octobre 2007
  CAHIER | par Jean-Marie de Bourqueney Le goût du risque : entre sécurité et audace

 ÉDITORIAL |    Un Dieu sans barbe


 QUESTIONNER |    Dépoussiérer nos cantiques ?


 DÉBATTRE |    Liturgies d’enfer


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Judas


  SÉRIE : L'AUTORITÉ |    5. Exercer l'autorité


 BILLET |    Loterie, publicité et partage ou... Faut-il faire l'aumône aux riches ?


 CAHIER | Le goût du risque : entre sécurité et audace   Introduction : Risquer pour vivre

   Le goût du risque : entre sécurité et audace


 VIVRE |    Trouver la beauté


 AGIR |    Exclu


 DIALOGUER |    L’Église vaudoise aujourd’hui :


 RETROUVER |    Émile Gallé, artiste protestant


 COMMENTER |    « Faites ceci en mémoire de moi »


 RÉSONNER |    Le dernier repas

 
 
 

  La fiche auteur de Vincens Hubac

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 AGIR   par Vincens Hubac 

Nous les croisons tous les jours sans les voir. Ce sont des hommes et des femmes qui, après un problème qu’ils n’ont pas su résoudre, se retrouvent à la rue et s’y engloutissent jusqu’à perdre le respect d’eux-mêmes.

 

Exclu

 

La grande pauvreté entraîne l’individu dans une solitude tragique, une absence de lien avec le monde, une dérive qui provoque un effondrement intérieur : c’est l’exclusion.

 

L’anthropologie néolibérale :

 

Libre, efficace, premier devant ses concurrents (et amis), en bonne santé, jeune, « cool et relax », rapide, l’homme moderne se « réalise » et réussit, non sans fragilité, comme le montre les taux de divorces et la consommation de drogue et d’alcool. Il est manipulé, chosifié, souvent dispersé dans un milieu lui-même éclaté. Il est finalement le serviteur d’une société de production technique, matérialiste et impersonnelle.

« Libre » et seul, l’homme est en butte à de nombreuses violences et confusions.

La société du plaisir est un mensonge : elle crée du désir et de l’insatisfaction, et connaît de graves dérives : pollution, armements, violence. Des lieux refuges sont détruits, tels la famille, l’école où les « humanités » ne sont plus enseignées, le sport où le dopage le dispute à l’argent, sans parler de la politique… Quels repères dans une société où règnent mensonges, non-dits et manipulations ? Confusion du temps aussi marquée par l’immédiateté et le mélange des repères chronologiques. La compétition à l’école, dans le sport, les loisirs, au travail induit des comportements violents et des fragilités. L’homme moderne accompagne une évolution qui bouscule rites, repères et modèles, ce qui explique en partie le drame de l’exclusion.

 

L’effondrement intérieur

 

L’exclu n’est plus un homme ! Il est un exclu, un S.D.F., un clochard. Il n’est pas un homme exclu ou un homme sans domicile. Exclu ! Mot horrible dont l’étymologie nous rappelle que celui qui est exclu est enfermé au dehors. Peu importe les raisons : choc psychologique, blessure, chômage, deuil… L’exclu n’a pas su jouer la carte du libéralisme : il a gâché ses chances. L’homme exclu est culpabilisé. Regards, police, administration l’enferment et le rejettent.

Ruptures et pertes s’enchaînent désormais : pertes des lieux familiaux, de l’histoire personnelle, des lieux-repères, perte également du travail.

Rupture du temps par le mélange du rêve et de la réalité. Hypertrophie de l’instant car la survie s’impose avec force, pas de projets futurs. Les gens exclus s’enfoncent dans la solitude et la peur.

La rupture identitaire et le rejet de soi sont le symptôme final de l’effondrement intérieur. La perte du sens de l’hygiène et de la dignité de son corps, perçu comme étranger, expliquent beaucoup d’infections non soignées. Déviation et appauvrissement du langage, sentiment d’inutilité, mensonge avec soi-même et les autres par peur de la réalité expliquent, hélas, la consommation de drogues et alcool, les maladies, les conduites violentes. Assailli par des peurs multiples : peur du lendemain, de la police, des racketteurs… peut-être peur de la vie et du bonheur, peur de lui-même, l’homme de la rue souffre aussi de multiples problèmes psychologiques. Effondrement intérieur jusqu’à une perception de soi déformée, négative et suicidaire… Dans son enfermement l’homme exclu est bien un résultat de l’anthropologie néolibérale, sa face cachée.

Face à une société qui idolâtre une fausse liberté, la réussite et la puissance, il est nécessaire de proclamer que jamais un être humain n’est une chose ou un esclave. Un être humain est toujours un être de communication, de lien, digne d’amour, jamais un être perdu.

Une théologie fondée sur l’annonce de la grâce et sur l’expérience est un des moyens pour lutter contre l’exclusion et toute forme d’idolâtrie de la réussite.

C’est parce que le christianisme est un humanisme qu’il peut sauvegarder la dignité humaine.

 

Vincens Hubac

 

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