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| VIVRE |
par
Laurent Gagnebin |
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Les voies du Seigneur sont impénétrables…
Invité à dîner chez de très chers amis, un couple âgé et catholique romain, je m’émerveille, une fois de plus, de leur grande ouverture à l’oecuménisme et à un christianisme social, alors même qu’ils se réclament d’un certain traditionalisme et préfèrent la messe en latin. Comme quoi, il est toujours tentant, mais faux, de vouloir enfermer les gens dans des catégories tranchées et de leur donner paresseusement une étiquette qui les emprisonne et défigure, celle de l’intégrisme en l’occurrence. Lui, d’ailleurs, et à plusieurs reprises déjà, a écrit un article dans les colonnes d’ Évangile et liberté.
La conversation passe d’un sujet à l’autre et, bien sûr, nous évoquons ensemble la réalité problématique des dialogues interconfessionnels. La discussion en vient à la question – typique et si symbolique de nos différences – du confessionnal et, plus profondément, de cette absolution, privilège des prêtres et sacrement. Je rappelle alors les hésitations de Luther à ce sujet. Dans un premier temps, n’a-t-il pas reconnu trois sacrements et non pas deux : le baptême, la cène et la pénitence ? Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder attentivement le fameux retable, très connu, de Lucas Cranach montrant, dans le choeur de l’église paroissiale de Wittenberg, le Réformateur prêchant et présidant les sacrements. Il désigne du doigt, en s’adressant à ses auditeurs, un crucifix. Mais le bas de ce retable (la prédelle) représente Luther procédant en fait à trois sacrements et non pas deux. Étonnement de mes convives.
Notre hôtesse me dit alors qu’elle s’est tout récemment confessée. Ne sachant pas très bien de quels péchés s’accuser, elle avait déclaré au prêtre, avec une formule très englobante, qu’elle se reprochait d’être trop attachée aux biens de ce monde. Elle rentre chez elle ; leur appartement venait d’être cambriolé.
Laurent Gagnebin
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