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| ÉDITORIAL |
par
Laurent Gagnebin |
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Le doute.
Le doute est souvent vécu par les croyants comme une sorte de manquement à la foi authentique. On ne dira jamais assez que le doute n’est pas opposé à la foi, mais en fait partie.Cela est si vrai qu’on peut soutenir, inversement, que le doute suppose une foi et que, « l’agnostique » est lui aussi un croyant. Alexandre Vinet écrit en 1858 : « Là où l’incrédulité est impossible, la foi est impossible aussi ! » La foi et le doute forment ainsi un couple inséparable. La tentation consiste à dire « je sais », là ou en réalité « je crois ». En matière de foi, des convictions ne sauraient être confondues avec un savoir qui évacue la possibilité même de la foi ; en effet, ce qui est su n’a pas à être cru.
Dans le dialogue avec les athées, nous pouvons alors militer pour un agnosticisme commun et positif. Le croyant affirmera « je crois que Dieu existe, mais je ne le sais pas ». L’incroyant affirmant pour sa part « je crois que Dieu n’existe pas, mais je ne le sais pas ». Chacun fait ainsi un acte de foi et s’interdit du même coup de l’identifier avec un savoir incontestable.
Albert Camus, dans un exposé fait au couvent des dominicains à Paris en 1948, illustrait cela de façon très significative en affirmant : « Je veux déclarer encore que, ne me sentant en possession d’aucune vérité absolue et d’aucun message, je ne partirai jamais du principe que la vérité chrétienne est illusoire, mais seulement de ce fait que je n’ai pu y entrer. » On aimerait bien que les croyants, quelle que soit leur religion, mais aussi les athées, fassent toujours preuve de la même honnêteté intellectuelle et ne proclament pas, témoins et artisans d’un impérialisme insupportable, des certitudes prétendument absolues et indubitables.
Laurent Gagnebin
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