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n°215 | Janvier 2008
  CAHIER | par Alain Houziaux Les guérisons miraculeuses

 ÉDITORIAL |    Réalisme


 QUESTIONNER |    Croire en la vie éternelle


 AGIR |    Une parole commune entre vous et nous


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Voeux


  SÉRIE : LES PERES DE L'EGLISE |    1. Césaire d'Arles


 (RE)LIRE |    Un manifeste libéral au XVIe siècle


 DÉBATTRE |    Le pape a raison


 CAHIER | Les guérisons miraculeuses   Introduction : Le corps, l'esprit et la maladie

   Les guérisons miraculeuses


 MÉDITER |    Je crois au Dieu qui parle


 RÉAGIR |    Pas de polémique !


 RETROUVER |    André Chouraqui et sa « Bible »


 COMMENTER |    Les Béatitudes et les prétendues « Malédictions » de Luc


 REGARDER |    Marché de Noël...


 BILLET |    Après les cadeaux


 RÉSONNER |    Religiosité populaire : les « Folies des Rois » au Brésil

 
 
 

  La fiche auteur de Laurent Gagnebin

  Sur le même thème : Le pape a raison - Semaine de prière - L. Gagnebin

 
Evangile et liberté
 DÉBATTRE   par Laurent Gagnebin 

À l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier) et après le bruit et la fureur suscités par le document catholique refusant aux Églises protestantes la qualité d’Église en plénitude, L. Gagnebin estime que la définition de l’Église par Rome n’est pas identique à la nôtre et que le Vatican nous le rappelle ainsi… indirectement.

 

Le pape a raison

 

Depuis la publication, en juillet 2007, du texte fidélité que ne saurait garantir une chaîne épiscopale très de la Congrégation pour la doctrine de la foi réaffirmant que l'Église catholique est la seule et unique Église du Christ et qu'elle détient la vérité en plénitude, le troisième rassemblement oecuménique européen de septembre à Sibiu, en Roumanie, a un peu calmé les esprits. La déclaration du Vatican avait en effet suscité dans le monde entier, depuis les simples fidèles jusqu'aux officiels des Églises protestantes, un immense émoi. Cela dit, Rome n'a fait que répéter ce qu'elle a toujours affirmé. Ce rappel n'a rien d'étonnant et, tout compte fait, il est honnête, comme l'a remarqué Mgr Cyrille de Smolensk, responsable orthodoxe des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, préférant ce langage à celui de la diplomatie ecclésiastique. Les illusions sont ici dissipées. Le réveil est peut-être brutal pour ceux qui pensaient que le concile de Vatican II avait ouvert d'autres perspectives. Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, n'a-t-il pas eu raison de déclarer: « Un oecuménisme douillet ne nous mènerait pas loin; le seul moyen d'avancer est le dialogue dans la vérité. »?

  La définition romaine de l'Église n'a rien à voir avec la nôtre. L'Église romaine a choisi, au cours des siècles, de se définir à travers l'assemblée des évêques, dont le premier est le pape, et cela dans un modèle pyramidal, hiérarchique et monarchique. Les protestants privilégient un modèle collégial et démocratique qu'ils estiment plus ancien et conforme aux premiers témoignages de la Bible et des Pères. Rome défend une succession apostolique historico-matérielle à travers une chaîne ininterrompue d'impositions des mains faites par les évêques et commençant avec Pierre et les apôtres pour se prolonger indéfiniment jusqu'aux prêtres de tous les temps. Nous défendons une succession apostolique comprise comme une fidélité des croyants, spirituelle et théologique, au témoignage biblique et apostolique, fictive, selon nous, puisqu'elle a connu plusieurs ruptures et comporte des trous artificiellement comblés.

  Cette définition romaine de l'Église s'accompagne, très logiquement, d'une sous-estimation de la pluralité qu'appellent et les quatre évangiles et l'existence d'un christianisme primitif où coexistent des Églises diverses aux organisations différentes. D'où cette affirmation de l'unité avec une tradition normative et monolithique définissant en Rome la plénitude de vérité; d'où notre préférence accordée à l'union des Églises chrétiennes et la reconnaissance d'un christianisme pluriel et riche de sa diversité, même doctrinale. Oui nous ne sommes pas Église au sens romain et nous ne voulons pas l'être. Le Pape ou la Congrégation catholique pour la doctrine de la foi, ce qui revient au même, ont raison. Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses et le cardinal Walter Kasper ne déclarent pas autre chose quand ils soulignent que le texte ne veut pas dire que les communautés protestantes ne sont pas des Églises, mais qu'elles ne le sont pas au sens que Rome donne au mot « Église ». Nous sommes entièrement d'accord avec cela. Pour les catholiques, l'Église romaine continue l'incarnation du Christ et bénéficie alors du même pouvoir de révélation et de salut qu'avait jésus lui-même. Pour les protestants, l'Église est l'assemblée des fidèles suscitée par l'événement de la prédication de la Parole de Dieu.

  Ne pas accepter que Rome s'exprime ainsi serait interdire au catholicisme romain d'être ce qu'il est.

  «L'Église réformée de France professe qu'aucune Église particulière ne peut prétendre délimiter l'Église de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent.» (Discipline de l'ERF, I/i). Pour nous, en effet, il y a les Églises institutionnelles, dont celle de Rome, et une Église, universelle et invisible, dépassant toutes les institutions chrétiennes et les frontières religieuses.

 

Laurent Gagnebin

 

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