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n°230 | Juin-Juillet 2009
  CAHIER | par Alain Houziaux L’avarice, la thésaurisation et la pulsion de mort

 ÉDITORIAL |    Etre chrétien aujourd'hui


 QUESTIONNER |    Quelle place pour la religion dans la société actuelle ?


 AGIR |    La ville : un projet pour les pauvres ?


 SÉRIE : BIZARRERIES THÉOLOGIQUES... |    2. Baptiserait-on un homme-singe ?


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Révélation


 MÉDITER |    J’ai dû me perdre quelque part…


 CAHIER | L’avarice, la thésaurisation et la pulsion de mort   Introduction : Richesse, avarice et partage

   L’avarice, la thésaurisation et la pulsion de mort


 DÉBATTRE |    La Coupe de France de football : un reflet de la démocratie


 VIVRE |    Vivre en prison


 COMMENTER |    « Entre vos mains »


 RETROUVER |    Eugène Ménégoz


 RÉSONNER |    Sursum corda (Haut les coeurs)


 REGARDER |    Pilote

 
 
 

  La fiche auteur de Jean-Jacques Maison

  Sur le même thème : théologien - luthérien - Ecole symbolo-fidéiste - foi et croyances - critique historique - Christ

 
Evangile et liberté
 RETROUVER   par Jean-Jacques Maison 

Eugène Ménégoz, théologien luthérien, est né en Alsace. Après des études à Strasbourg et en Allemagne, il devient pasteur de la paroisse des Billettes, à Paris, puis directeur du séminaire de la Faculté de théologie de Paris. Il y enseigne la dogmatique luthérienne. Aux côtés d’Auguste Sabatier il sera un éminent représentant de l’École symbolo-fidéiste, appelée aussi l’École de Paris.

 

Eugène Ménégoz

1838-1921

 

Dans une Église marquée par l’orthodoxie protestante, Ménégoz a éprouvé le besoin de s’en affranchir, et d’en libérer ses coreligionnaires, mais en luthérien attaché à l’héritage de Luther, le géant de Wittenberg, il mettra au centre de sa recherche la primauté de la foi, comme accès au salut et à la vie chrétienne. Sa démarche est d’ordre spirituel et son passage au fidéisme a toutes les allures d’une conversion.

 

La foi et les croyances, un malentendu ?

 

Dans la mesure où tout homme cherche une direction pour son existence et a envie de croire, il est fondamental, pour Ménégoz, de distinguer entre la foi et les croyances. Contrairement à ce qu’on lui a prêté et reproché, il n’a pas utilisé la formule « La foi est indépendante des croyances… » mais « …celui qui consacre son âme à Dieu est sauvé, indépendamment des croyances ». Celles-ci doivent être étudiées et critiquées, mais le salut ne sera lié par aucune d’elles.

 

La peur de la critique historique

 

Ménégoz juge la critique historique des textes bibliques indispensable mais déplore qu’elle fasse peur. Or elle « fait partie du devoir professionnel du théologien, dans les Églises qui ont mis la Bible à la base de leur enseignement. Tout pasteur doit avoir à coeur d’éprouver la solidité des fondations sur lesquelles repose l’édifice de ses croyances ».

 

La Bible

 

Elle doit être lue dans un esprit de foi et de prière, mais cela n’implique pas « de recevoir comme paroles de Dieu toutes les idées que nos auteurs sacrés, abstraction faite de leur foi religieuse, pouvaient partager avec les hommes de leur temps et de leur milieu… » Il existe « une attraction réciproque entre le témoignage de l’Esprit de Dieu dans la Bible et le témoignage de l’Esprit de Dieu dans notre conscience personnelle… »

 

Les miracles, mode d’emploi

 

Ni concordance entre des faits décrits par la Bible et des découvertes actuelles, ni croyance que les choses se sont passées telles que décrites par la Bible, le miracle suscite « la foi en l’activité miséricordieuse de Dieu dans notre vie quotidienne… » Pour Ménégoz « le miracle, c’est l’exaucement de la prière... sans nulle violation des lois de la nature ».

 

Une vision non dogmatique du Christ

 

Au fil de sa critique des dogmes traditionnels (la trinité, la naissance virginale, l’expiation substitutive, la résurrection…), Ménégoz revient à celui que les évangiles nous font rencontrer : « Sa personne, sa parole, sa vie, portent dans leur admirable et grandiose harmonie et jusque dans les moindres traits, l’empreinte de la sainteté parfaite, le sceau du divin. Jamais homme ne se trouva […] dans des conditions aussi favorables pour percevoir clairement et purement le témoignage du Saint-Esprit.»

 

« Notre seul Maître »

 

En 1914, paraît un petit livre Notre seul Maître, réponse de Ménégoz à une « Lettre ouverte » que Paul Lobstein, professeur à la Faculté de Paris lui a adressée dans Évangile et liberté en 1913. Ménégoz ayant défendu la thèse du tri nécessaire entre les paroles de Jésus et celles des apôtres, Lobstein lui fait remarquer qu’il est des paroles non authentiques qui reflètent aussi bien sinon mieux le message du Maître, et que Paul et les autres « sont pénétrés de la certitude qu’ils parlent au nom du Seigneur et que son esprit les conduit en toute vérité ». Au terme d’un dialogue fraternel l’accord est trouvé « qui n’empêche pas certaines “nuances” entre nos vues ». Ménégoz conclut cette controverse ainsi : « Il n’y a, en effet, pas deux théologiens dont les pensées se recouvrent absolument, pas plus qu’il n’y a sur le même arbre deux feuilles absolument identiques ».

 

Jean-Jacques Maison

 

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