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n°217 | Mars 2008
  CAHIER | par Jérôme Cottin L’art contemporain et le christianisme

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   L’art contemporain et le christianisme


 DÉBATTRE |    Quand la ville devient le monde


 DIALOGUER |    Une Église méconnue : l’Église vieille-catholique


 VIVRE |    Îles d’Aran


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 REPENSER |    L'incarnation

 
 
 

  La fiche auteur de Bernard Félix

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Evangile et liberté
 VIVRE   par Bernard Félix 

Îles d’Aran

 

Sans avoir réussi à voir les îles d’Aran au cours de ses nombreux voyages, son grand-père lui avait recommandé ce détour. C’était comme un des regrets de sa vie de n’avoir pu satisfaire sa curiosité. Quand sa petite fille lui avait dit que ses affaires l’amèneraient vers cette extrémité de l’Irlande, il lui avait dit : « Ne rate pas ces îles, elles sont exceptionnelles. »

Elle avait dégagé une journée pour l’excursion. Avertie, elle avait su goûter la sauvagerie et la grandeur de ce site. De nombreux restes d’habitats préhistoriques l’avaient émerveillée. Et elle avait pensé toute la journée à son grand-père, près de ces falaises où il n’avait jamais grimpé.

À quelques jours de ce voyage, elle était passée le voir pour le remercier de l’avoir incitée à ce détour. Elle avait exprimé ses sentiments en termes poétiques, citant tel philosophe qui joignait terre et ciel, mortels et divins dans l’évocation d’un lieu tout habité d’infini. Oui, elle avait été sensible aux grondements de la mer, à la tempête qui inondait landes et falaises. Elle avait senti pour quelles raisons son grand-père s’intéressait à ces îles. En quelque sorte, il y avait été présent avec elle.

Quelques semaines passèrent et le vieillard rêvait. Son esprit à lui avait donc imprégné ces terres du bout du monde. Et cet esprit s’était transmis à sa petite fille, éternellement vivant en elle et sur ces rocs.

De quoi est faite l’éternité ? Il se demandait si elle n’était pas là, dans cette conjonction ressentie par la jeune fille d’un paysage et d’un silence intérieur, meublé des quelques mots qu’il lui avait dits et du souvenir de tel auteur qu’elle aimait. Il avait été auprès d’elle, quand elle regardait ces terres et cette mer et ce ciel et cette pensée lui était douce...

Plus douce encore de pressentir ceci : le souvenir de ce bref voyage ferait toujours écho en elle. Ainsi se voyait-il vivant, un peu comme tel marcheur galiléen au sortir d’une auberge d’Emmaüs...

Dans toute aventure humaine, seul compte ce que l’Esprit transmet aux autres.

C’est souvent beaucoup, c’est immense.

 

Bernard Félix

 

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