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n°217 | Mars 2008
  CAHIER | par Jérôme Cottin L’art contemporain et le christianisme

 ÉDITORIAL |    Pâques


 QUESTIONNER |    Liberté de croire, nécessité de connaître


 RÉAGIR |    En prison… et après ?


 CES MOTS QU’ON N’AIME PAS |    Réincarnation


  SÉRIE : LES PERES DE L'EGLISE |    3. Éphrem le Syrien


 (RE)LIRE |    Douter et chercher


 MÉDITER |    Un chemin de lumière


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   L’art contemporain et le christianisme


 DÉBATTRE |    Quand la ville devient le monde


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 REPENSER |    L'incarnation

 
 
 

  La fiche auteur de Gérard Cabane

  Sur le même thème : prison - récidive - réinsertion

 
Evangile et liberté
 RÉAGIR   par Gérard Cabane 

De nouvelles lois concernant les peines de prison ont été proposées récemment. Gérard Cabane, membre du C.A. de l’ARAPEJ (Association Réflexion Action Prison Et Justice, qui propose un site internet : www.arapej.fr) réagit à cette politique pénale fondée sur une répression renforcée, et dénonce les dangers d’une démocratie d’opinion.

 

En prison… et après ?

 

La ministre de la Justice fait beaucoup parler d’elle. Ce n’est pas sur sa réforme de la carte judiciaire que nous souhaitons réagir, mais plutôt sur les deux nouvelles lois sur les peines planchers et sur la rétention après la peine. Elles représentent, l’une et l’autre, une réponse à l’émotion soulevée par des faits divers, plutôt qu’une réflexion sur la sanction qui préserverait le mieux la réinsertion des délinquants.

Pour la première, il s’agit de contraindre le juge à prononcer une peine minimum d’incarcération pour les délinquants récidivistes. Cette obligation contredit le principe d’individualisation de la peine et ignore délibérément le fait que la récidive est une preuve d’échec du premier emprisonnement. S’il n’y a pas eu dissuasion la 1re fois, comment pourrait-elle jouer après la 2e incarcération ? Ces mois et ces années en prison brisent les dernières relations familiales et sociales sur lesquelles pourrait se reconstruire la vie du prisonnier libéré. Les études du CESDIP (laboratoire mixte CNRS – Ministère de la Justice) montrent que la récidive varie beaucoup suivant le passé, l’âge du délinquant et la nature de son délit. Il faut aussi rappeler que le risque de récidive se trouve considérablement réduit quand la personne peut être accompagnée pendant plusieurs mois après la sortie de prison. Sinon il pourrait y avoir une recrudescence des récidives, à l’échéance des peines planchers que les juges vont prononcer.

La deuxième loi, dont le projet a été présenté au Parlement, prévoit de prolonger l’enfermement de pédophiles, mais l’application de cette loi pourrait être étendue à tous les condamnés à des peines égales ou supérieures à 15 ans. Le professeur Lamothe, chef du service médico-psychologique régional de Lyon, conteste ce projet : pour ce spécialiste, il ne résulte pas d’une réflexion sur la délinquance sexuelle, son importance statistique et les traitements médico-psychologiques adaptés. Le Pr Lamothe, qui connaît les dégâts provoqués par une longue incarcération, plaide pour un accompagnement soutenu au cours d’une libération conditionnelle.

Ainsi ces deux lois révèlent la volonté du gouvernement de réagir en priorité aux préjugés irréfléchis de l’opinion publique, d’une façon qui risque fort d’aller à l’encontre du but recherché : une meilleure défense sociale.

Nous luttons contre les erreurs et les lenteurs de ce système pénal, mais tant qu’il ne sera pas changé, nous en portons tous la responsabilité vis-à-vis de ceux qui en sont victimes. Ne les ignorons pas ; ces prisonniers libérés sont nos prochains, rejetés au bord de notre chemin. Ils veulent repartir dans une vie différente de celle qu’ils ont connue. Dans leur tentative de « renaissance », ne trouveront-ils que des visages de bois lorsqu’ils se présenteront pour chercher du travail et surtout un logement ? Toutes les œuvres d’assistance à des victimes sympathiques ne préserveront pas notre société d’une catastrophe. Craignons que l’indifférence et l’incompréhension vis-à-vis des délinquants sanctionnés par la prison reçoivent la réponse qu’elles méritent, c’est-à-dire la révolte.

Forte de son expérience de plus de 30 ans de lutte contre la récidive, l’ARAPEJ affirme :

  • qu’il faut, d’urgence, généraliser les peines hors prison, et vider les maisons d’arrêt de toutes les personnes qui n’ont rien à y faire, et qui en ressortent avec un lourd handicap pour toute leur vie ;
  • que de nouvelles actions de prévention doivent être entreprises auprès des pré-délinquants ;
  • que la réduction de la récidive ne peut être atteinte qu’avec des moyens accrus pour tous les services d’insertion et les associations qui accompagnent les sortants de prison dans leurs combats quotidiens pour la reconstruction de leur vie.

 

Gérard Cabane

 

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