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Un miroir critique de la société américaine

 

Le théologien américain Reinhold Niebuhr (1892-1971) est peu connu en France, sinon à travers les citations qu’en faisait souvent le président Barack Obama ! Son œuvre n’a pratiquement pas été traduite en français et le petit ouvrage d’Henry Mottu n’en est que plus utile, d’autant qu’il propose une présentation très détaillée et chronologique de la pensée du théologien.

Niebuhr a souvent été qualifié de « néo-orthodoxe » : il reprochait notamment aux libéraux de ne pas donner assez de place à la Croix dans leur compréhension du christianisme. Mais après un ministère dans une paroisse populaire et des engagements politiques résolus, le théologien, depuis sa chaire universitaire, a été un témoin lucide et très impliqué dans les questions politiques, sociales, voire militaires de son pays. Aussi, son parcours intellectuel et militant se confondil avec l’histoire récente des États-Unis. Niebuhr a eu notamment un rôle important dans la décision des États-Unis d’intervenir contre Hitler au cours de la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, il a critiqué vertement l’armement nucléaire, l’impérialisme de la politique étrangère américaine, la ségrégation raciale dans les États du Sud, les méfaits du capitalisme sauvage… Cependant, si les prises de position de Niebuhr sont toujours fermes et tranchées, le raisonnement théologique qui les justifie est complexe, parfois nuancé à l’extrême. C’est que sa réflexion est tendue – pour ne pas dire écartelée – entre le réalisme éthique et l’espérance eschatologique, entre le pacifisme et l’interventionnisme parfois nécessaire, entre l’appel à la perfection morale individuelle et les exigences de la vie collective.

Merci à Henry Mottu de nous accompagner patiemment dans l’exploration des méandres de cette pensée subtile mais toujours « en situation » !

Et s’il est vrai, comme disait Moltmann, que toute théologie doit déboucher dans la prière, il était bien nécessaire de citer et de commenter certaines oraisons de Niebuhr. Par exemple cette confession de foi tirée de The Irony of American History :

« La sagesse ultime de l’existence demande non pas l’annulation du négatif, mais la sérénité à l’intérieur même et au-dessus du négatif. Rien qui soit digne d’être accompli ne peut l’être durant le temps de notre vie ; c’est pourquoi nous devons être sauvés par l’espérance. Rien de vrai, de beau ou de bon ne peut faire sens au sein du contexte immédiat de l’histoire ; c’est pourquoi nous devons être sauvés par la foi. Rien de ce que nous pouvons faire, même de vertueux, ne peut l’être seul ; c’est pourquoi nous sommes sauvés par l’amour. Aucun acte vertueux ne peut l’être du point de vue de notre ami ou de notre ennemi comme il l’est de notre point de vue ; c’est pourquoi nous devons être sauvés par la forme ultime de l’amour qui est le pardon. »

Henry Mottu, Reinhold Niebuhr. La lucidité politique d’un théologien américain, Lyon, Olivétan, 2017, 160 pages.

 

À propos Michel Barlow

essayiste, romancier et théologien, est universitaire retraité (Lettres et sciences de l’éducation). Il collabore régulièrement au magazine catholique contestataire Golias hebdo comme à Évangile et liberté.

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