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Le retour du nationalisme

Psychopathologie du nationalisme est constitué d’un recueil de textes traduits et présentés par Jean-Paul Sorg dans une optique clinique : « Une maladie mentale de la civilisation ». Livre d’une actualité évidente, d’une lecture indispensable quand bien même ces réflexions ont été écrites dans le contexte du début du XXe siècle.

Quelques chapitres : « État-Nation et État-Civilisation », « L’Église et l’État », « La culture de l’identité nationale », « La faillite des élites », « Le faux culte de l’histoire », ce sont les vieux démons qui ressurgissent. J’entends, ici, dans la France qui a été la matrice des droits de l’homme, parler de roman national, aux antipodes du travail des historiens depuis l’école des Annales, et que je serais « un rejeton de Gaulois ». Mais que faire du théâtre d’Orange, d’Arles, de la fondation de Massilia par les Grecs, des chiffres arabes, des vagues de migrants – les Francs parmi d’autres –, de l’art gothique, du marrane Montaigne, de l’Italien Lully, des Picasso, Van Gogh, Ferrat, Simone Signoret, Biancotti, Edgard Morin, Stéphane Hessel, Yasmina Khadra, Ariane Mnouchkine et Schweitzer… Ma famille qui a donné cette si belle réalité à la France. De bons Gaulois ?

Que les nationalistes, populistes xénophobes, récupèrent et pervertissent la laïcité, l’un des socles de nos libertés ; que des candidats à des élections politiques nous annoncent que nous serions à la veille d’une guerre de civilisation ; qu’un politique dont la famille est originaire du Chambon – seul village « juste parmi les Nations » grâce à l’engagement du pasteur Trocmé et d’une communauté entière dont il trahit « les armes de l’Esprit » – soit à l’initiative d’un pamphlet contre l’accueil des réfugiés : que de symptômes !

Les replis identitaires, les communautarismes quels qu’ils soient, les amalgames envers les migrants – arabes, musulmans, terroristes, violeurs potentiels – : le bacille de la « zemmourisation » idéologique est partout et, fait grave, d’aucuns qui prétendent à la plus haute fonction en sont contaminés.

Je clos en reprenant Jean-Paul Sorg dans sa présentation qui devrait nous donner envie de lire avec la gourmandise, le plaisir que certains ouvrages de spécialistes ne donnent pas toujours dans leurs difficultés conceptuelles : un outil pour penser notre actualité hors toute simplification délétère. « C’est bien plus grave qu’un malaise et ce n’est pas une maladie organique mais systémique qui contamine la civilisation entière […] la faute à qui, à quoi […] un bacille que l’on doit pouvoir isoler ? […] le microbe n’est rien le terrain est tout. »

En ce qui me concerne, j’ai envie et besoin de partager l’acuité d’une réflexion, non d’un visionnaire, mais d’un lanceur d’alerte : un vaccin efficace en ces temps, donné par un homme plus que jamais notre contemporain.

 Albert Schweitzer, Psychopathologie du nationalisme, Paris, Arfuyen, 2016, 150 pages.

 

À propos Pierre Ruetsch

est professeur d’histoire, membre de l’Oratoire du Louvre, engagé dans l’accompagnement des migrants et sans papiers à la Clairière (centre social fondé en 1911 par le pasteur Wilfred Monod).

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