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Dans quelle mesure peut-on dire que l’Homme est bon ?

Compte rendu de la rencontre du cercle montpelliérain
Evangile et liberté du 26 novembre 2016.

INTRODUCTION
La question que pose notre thème donne lieu à de nombreuses réponses très différentes les unes des autres. On peut classer ces réponses en plusieurs groupes. Un premier groupe serait relatif aux bons ou moins bons comportements des hommes dans la vie courante, dans leur famille, leur voisinage, leur cadre de travail et partout ailleurs, par exemple aussi envers les SDF. Ces comportements posent de nombreux problèmes. D’abord des problèmes d’éthique par exemple: quels sont les moyens que l’on peut utiliser pour s’élever dans l’échelle sociale ? Mais aussi des problèmes techniques, comme par exemple: comment doser l’affection et la rigueur dans l’éducation des enfants ? Et aussi des problèmes de société comme par exemple l’organisation des métiers comme ceux de juge, professeur, policier… pour que ceux qui les exercent puissent accorder leur mission professionnelle et leur éthique personnelle.

Un autre groupe de réponses est relatif à notre vie dans nos églises, en particulier dans nos églises protestantes, où la détention du pouvoir de décision dépend de nous. Ainsi les liturgies de toutes nos églises donnent un élément de la réponse des églises à la question : « Dans quelle mesure peut-on dire que l’homme est bon ? ». Ces liturgies ne parlent que de confession de nos péchés, de grâce et de pardon. Dans notre vie, nous faisons tous, heureusement, beaucoup plus de bonnes que de mauvaises actions et cela en grande partie par suite de notre culture judéo-chrétienne directement issue de l’enseignement de Jésus. Ne serait-il pas normal d’inclure dans nos liturgies une prière où nous pourrions remercier Dieu de nous avoir aider à faire ces bonnes actions ? Les liturgies ne sont qu’un exemple. Nos églises prêchent-elles assez le grand commandement « Va et fais comme le Samaritain ! » ?

Un autre groupe de réponses à la question posée par notre thème comprend les réponses d’ordre général comme celle contenue dans l’article de Gilles Bourquin qui a été envoyé avec nos invitations à la réunion d’aujourd’hui. Elle répond plus précisément à la question: « D’où vient la bonté de l’homme ? » et cite trois origines possibles: la création, la nature de l’homme et la volonté de l’homme.

Gilles Bourquin  nous rappelle que les scientifiques ont démontré que le cerveau que nous recevons tous à notre naissance contient déjà des connexions neuronales importantes qui nous incitent à « aimer nos prochains comme nous-mêmes ». Par ailleurs d’autres scientifiques ont démontré que durant toute notre vie la « pression des groupes humains dont nous faisons partie » accentue encore ce phénomène. Bien sûr, durant notre vie nous pouvons aussi, volontairement, moduler cette tendance en plus ou en moins. Et ceci suite à notre foi ou à nos options d’éthique.

Beaucoup d’entre nous ne connaissent pas l’origine naturelle et non religieuse du « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est là toute l’importance de l’article de l’article de Gilles Bourquin qui conclut que « notre bonté est décidément bien précaire »

Pour bien faire, il faudrait aussi parler de l’ambivalence du bon et du mauvais qui est une caractéristique universelle et importante de tous les hommes. Ainsi, par exemple, tout le monde sait que même si nous aimons nos parents, notre conjoint, nos enfants jusqu’à souvent sacrifier nos propres intérêts pour eux, ils nous arrive aussi à tous de plus ou moins les haïr. Sans parler des fois où notre conscience nous fait « prendre des vessies pour des lanternes ». Alors: dans quelle mesure peut-on dire que l’homme est bon ?

INTERVENTION D’ANDRÉ GOUNELLE
« Qu’est-ce que l’homme (l’humain) ? » est une question d’ordre philosophique.

Pour Joseph de Maistre, à partir d’une critique acerbe des droits de l’homme, l’humain n’existe pas. Il n’y a que des hommes, des individus, d’où la difficulté de caractériser l’homme. La logique classique en philosophie définit les concepts que nous employons et détermine les conditions et les règles de la justesse d’un raisonnement. Elle distingue les catégories selon leur extension. Exemple: animal / mammifère / chat / chat d’André Gounelle. Plus une catégorie ou un concept est large, moins il est signifiant, opérationnel. Dans cette optique, discuter de la bonté ou de la méchanceté de l’homme n’a pas de sens.

Le bien et le bon

Est-ce que faire le bien est ce qui est bon ? Est-ce que le bon est faire ce qui est bien ? Le lien n’est pas automatique. Faire le bien pour des motifs intéressés est-il bon ?Le débat est ancien. Dès les premiers siècles, les Pères de l’église admiraient les Stoïciens pour leur grande vertu. Par contre Saint Augustin considérait les vertus des païens comme  » des vices splendides », cultivées par orgueil. Luther et Zwingli s’opposent aussi sur ce point. Luther écrit : des gens honnêtes qui font le bien, s’ils n’agissent pas par la foi, sont des gens malhonnêtes. Le débat rebondit aux XVII ième et XVIII ième siècles avec la découverte du bon sauvage. Kant défend pour sa part une morale sans concession, catégorique : dire la vérité est bien, mentir est mal. Donc bon=bien. Benjamin Constant pense lui que ces notions sont relatives. On peut mentir pour de bonnes raisons ou dire la vérité pour de mauvaises. La corrélation entre bon et bien ne va pas de soi.

L’homme est-il pécheur ?

La catéchèse en suivant la Genèse puis les Evangiles développe trois temps:
1) La création de Dieu est bonne.
2) Adam et Eve désobéissent, c’est la chute.
3) Le Christ vient sauver l’homme.

Deux interprétations sont possibles:

– l’homme est totalement coupable, enclin au mal: seul Dieu peut le transformer
– le péché est comme une maladie (Zwingli). L’homme est comme le terrain du semeur: caillouteux mais avec une part de bonne terre. Il vit en tension entre le bien et le mal. Le diable rôde, il faut résister. Avec l’aide de Dieu l’homme peut résister au mal et être bon.

LE DÉBAT

– Quel est l’objectif de la bonté ? Ce qui est bon pour l’homme est-il bon pour la nature ? Pour les animaux ?
Pour Jean-Jacques Rousseau, l’homme est naturellement bon, c’est la société qui le corrompt. Par contre pour Voltaire, c’est la société qui rend l’homme bon.

– Une intervenante souligne deux visions contemporaines divergentes:

1) pour la psychanalyse, le surmoi canalise les pulsions de l’homme.
2) la non-réponse aux besoins fondamentaux de l’homme, de l’enfant entraîne la non structuration de la personne, la violence. Il faut travailler la communication non violente.

Peut-on créer des sociétés non agressives ? Exemple d’une tentative aux USA avec la cité d’Harmony.
La recherche d’un équilibre entre les solutions de satisfaction des besoins demande des choix et engage la responsabilité de l’homme.

– Luther pose la question: pourquoi le serpent tente t-il la femme plutôt que l’homme ?
– Parce qu’elle est plus facile à séduire !!! Cela veut-il dire que l’homme est meilleur que la femme ?

  1. En grec, le mot péché signifie rater sa cible, manquer son but, et peut admettre une réparation.
    Ce mot apparaît pour la première fois dans l’AT à propos de Caïn et non d’Eve.
    – Qu’est ce qui vaut le mieux pour l’homme ? Chercher le mieux possible, le « moins pire » !! Il faut analyser le contexte, la situation, les conséquences du choix, et ceci à plusieurs. Il n’y a pas de morale absolue, mais des morales de situations. De nombreux exemples de situations où le choix a été difficile à faire sont donnés. Ils sont plus faciles à juger après coup…

Quand puis-je dire que cela est bien ou que cela est mal ? Comment juger ? Avec quelles références ? Chaque choix fait courir un risque. Il faut admettre l’erreur possible, le mauvais choix, la faille. Le bon d’hier peut être le mal de demain. Le bon n’a pas la même signification à toutes les époques ni dans toutes les cultures.

Les lois, les règlements aident au vivre ensemble pour un temps donné. Il peut y avoir disjonction entre le légal et le bien. Un acte légal peut être mauvais. Les lois sont provisoires et améliorables. Charles Taylor préconise des « accommodements raisonnables ».

 

 

L’Evangile de Matthieu fait dire à Jésus que l’on interpelle comme « mon bon maître »: « Ne m’appelle pas bon. Seul Dieu est bon. »

On évoque l’épisode de la femme adultère. Jésus ne la condamne pas selon la loi. Il ne dit pas le bien ou le mal à son propos, seulement « va et ne pèche plus ».

En France le mot « légal » a plusieurs sens. En schématisant on peut dire qu’il y a d’abord les lois publiées dans le Journal Officiel, et ensuite il y a la Jurisprudence qui rassemble des décisions prises par les tribunaux quand ils ont interprété les lois. La jurisprudence est source de droit mais pas au même titre que les lois. En gros pour 10 cm d’épaisseur de lois il y plusieurs mètres de jurisprudence. La police n’est pas tenu d’appliquer la jurisprudence. Les tribunaux ne se prononcent pas tous de la même façon, ils ont un devoir d’appréciation.

 

INTERVENTION DE CHRISTIAN AMPHOUX.

Nous ne sommes pas dans une perspective manichéenne du bien et du mal. Jésus l’affirme: « seul Dieu est bon ». Dieu est central.

Le bien et le mal peuvent s’interpénétrer. Par exemple, la mort de Jésus est un mal: on tue un homme. Elle est aussi un bien: elle vise à la rédemption du croyant. Cela ne s’oppose pas mais s’interpénètre.

Donc il y a deux façons de voir et de penser:
– théocentrisme, absolutisme: jugement définitif: c’est bien, c’est mal. L’homme est bon / l’homme est mauvais.
– anthropocentrisme / humanisme: il existe une tension dynamique entre deux pôles qui s’interpénètrent: le bien et le mal, l’homme bon et l’homme mauvais.

 

Dominique Gallup, avec la collaboration de Sandrine Demoulin

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